Intégration mal maîtrisée

Les classes «ordinaires» accueillent de plus en plus souvent des élèves à besoins particuliers, que nous qualifierons d’«extraordinaires». Mais les conditions mises en place pour assurer une scolarisation de qualité à ces enfants différents sont largement insuffisantes.  

Cette insuffisance de moyens, non seulement empêche de garantir une prise en charge OPTIMAle des élèves à besoins particuliers leur permettant de s’épanouir dans le milieu scolaire, mais remet de plus en cause le respect élémentaire des droits des enseignants et des élèves ordinaires de développer pour les uns, de bénéficier pour les autres, d’une formation de qualité répondant aux exigences du Plan d’études romand (PER), par exemple.

Il ne s’agit nullement de remettre en cause le principe de l’intégration ou insertion scolaire. Au contraire. Mais il n’est plus défendable de la décréter sans en assumer les indispensables conditions, financières d’abord, car c’est bien là que se situe le problème. Depuis quelques mois, le SEJ est régulièrement sollicité par des membres qui ne savent plus comment s’y prendre pour assumer la surveillance de l’enfant à besoins particuliers, car cela se limite malheureusement souvent à ça, faute d’un soutien adéquat, et pour assurer en parallèle un enseignement de qualité aux autres élèves, mission première de l’école publique.

Depuis la rentrée scolaire, une augmentation inquiétante est constatée de demandes de soutien au syndicat, de signalisations de situations ingérables, d’appels au secours en raison d’une santé qui se dégrade, à tel point que le SEJ est intervenu plusieurs fois déjà auprès du Service de l’enseignement (SEN) pour tirer la sonnette d’alarme.

Parmi les inquiétudes qui reviennent le plus souvent, les droits des élèves ordinaires non respectés occupent une bonne place. Mais la responsabilité en cas d’accident tourmente autant les enseignants qui accueillent des élèves extraordinaires dans leur classe. Et le pluriel devient courant, car ce sont souvent plusieurs élèves à besoins particuliers qu’il faut accueillir. Sans citer d’exemples, il est évident que la prise en charge d’élèves présentant des troubles du spectre autistique, handicapés physiquement, ou trisomiques, ne peut être assurée par les enseignants ordinaires seuls dans leur classe. Un soutien permanent d’un éducateur est incontournable.

Des exemples où l’enfant se met en danger nous ont été signalés maintes fois. D’autres sont aussi fréquents où il met ses camarades de classe en danger. Et chaque fois sans qu’il y ait d’agressivité particulière de l’enfant, mais simplement un comportement qui diffère et qui crée une situation délicate.

Il faut aller plus loin que les bonnes intentions en matière d’intégration ou d’insertion. Il faut se rappeler les droits de chacun. Les enseignants doivent pouvoir exercer leur fonction dans les meilleures conditions possible, assurant ainsi un enseignement de qualité. Les élèves ordinaires ont le droit d’en bénéficier. Les élèves extraordinaires, de leur côté, doivent pouvoir compter sur une prise en charge adéquate, dans le cadre de l’école publique qui pourra assurer un accueil bénéfique à tous les acteurs, ou dans une institution spécialisée si cela s’avère plus pertinent. Aujourd’hui, personne ne s’y retrouve et chacun est perdant. Mettons en place les conditions permettant de n’avoir que des gagnants. Nous pourrons alors parler d’une politique d’insertion, non seulement d’intégration, clairement maîtrisée.

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