Le gouvernement… ment

Le Conseil d’État est aux abois. Il est en train de mesurer l’ampleur du front du refus de son projet de grille salariale inique. Le courrier qu’il adresse à l’ensemble de la fonction publique ne trompe bientôt plus personne et il en est même réduit à mentir aux députés pour justifier son plan!  

Le Conseil d’État veut tellement croire au mirage de sa formule qu’il a franchi sans vergogne une ligne rouge le 31 août dernier. Ce jour-là, les enseignants manifestaient massivement leur rejet du projet de grille salariale par une mobilisation. Des actions plutôt sympathiques et sans impact pour les familles ont égayé la plupart des collèges du canton*. C’est aussi le moment que le gouvernement a choisi pour envoyer une lettre tout à la fois geignarde et faussement rassurante aux employés de la fonction publique. En résumé, l’évaluation intermédiaire des comptes est très mauvaise**. Par conséquent, il faut mettre en œuvre la nouvelle grille salariale, dont il devient subitement manifeste qu’elle fera économiser un bon paquet de millions à l’État – et aux communes pour ce qui concerne l’enseignement.

Si la masse salariale consacrée à un nombre déterminé d’employés diminue… c’est ce que tout le monde appelle une baisse de salaire. Tout le monde... sauf le Conseil d’État!

 

Bas les masques!

Le Grand Conseil achevait sa session d’août ce même jour! En réponse à quelques questions de députés, la cheffe du Département de l’éducation et de la famille s’est livrée à un exercice pénible à visionner***. De toute évidence, probablement trop occupé les jours précédents par la rédaction de la lettre de menaces au corps enseignant, son entourage a manqué de temps pour préparer des réponses solidement argumentées et Mme Maire-Hefti en a été réduite à mentir aux députés, au moins par omission. Par sa voix, le Conseil d’État persiste à présenter la nouvelle grille comme une occasion de revaloriser les salaires des enseignants, notamment aux degrés 1 et 2, ainsi que 3 à 6. C’est évidemment une tromperie, une arnaque. Comme l’image le démontre de façon éclatante, le gouvernement entend monter légèrement les salaires initiaux de ces enseignants, d’où la prétendue revalorisation, mais ça fonctionne comme un crédit pourri. Ce qu’il offre ainsi aux jeunes débutants, l’État s’apprête à le reprendre (et bien davantage, d’ailleurs) quelques années plus tard; c’est comme s’il forçait les jeunes à prendre un crédit, dont l’intérêt friserait ensuite l’usure.

Un silence assourdissant

Depuis le début de la saga de la nouvelle grille salariale, un élément ne peut que frapper tous les observateurs avisés. De quoi s’agit-il? C’est très simple. Toute la hiérarchie du département, mais cela concerne aussi les autorités communales, semble incapable de distinguer le moindre problème. Si cela peut se comprendre de la part de personnel éloigné des salles de classe, c’est intolérable de la part de collègues promus récemment à la tête de centres ou de cercles scolaires. Tenus d’obéir aux ordres, ils sont tellement tétanisés qu’ils en viennent par leur silence à cautionner une opération de dévalorisation de leur personnel, de leurs anciens collègues et au bout du compte de la qualité des prestations servies à la population. Quelle tristesse! •

 

* Voir page 54 de ce numéro.

** Elle l’est d’ailleurs chaque année, c’est aussi tactique!

*** Extraits sur la chaîne Youtube du SAEN.

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