La machine Freysinger

Il est une expérience qu’il faut avoir vécue une fois dans sa vie: assister à une conférence de presse d’Oskar Freysinger. One man show accompli, qui assène des vérités basiques qu’on ne peut que partager, tout en laissant croire que le reste du monde dysfonctionne et ce sans jamais rentrer dans une argumentation qui pourrait être débattue. Le monde n’a qu’à se plier aux vérités d’Oskar. La machine Freysinger est bien rodée.

Ainsi en était-il de sa conférence de presse du 1er mars dernier, lors de laquelle il a présenté ses «dix thèses» qui «enfoncent des portes ouvertes», comme le relèvent Adrienne Furrer-Mittaz, présidente de l’Aveco, et Olivier Solioz, président de la SPVal*, dans leur billet commun. Dans le même temps, il a multiplié les piques contre les autres cantons, contre ses prédécesseurs, laissant croire que ses collègues de la CIIP** voire de la CDIP*** font tout faux ou sont des incapables. Abreuvés d’anecdotes personnelles, qui vous expliquent par exemple grâce à quel professeur de littérature il a eu la chance de ne pas rester enseignant primaire, vous aurez cherché en vain un bilan un peu positif de l’énorme travail abattu par les enseignantes et les enseignants valaisans ces trois dernières années, pour notamment faire face aux coupes budgétaires. Ce laps de temps lui a servi à peaufiner ses thèses, maintenant tout va bien aller, les dix thèses c’est le Graal. Et le Graal permettra d’économiser encore. Pour le SER qui a produit le Livre blanc et le Code de déontologie, les exclamations d’Oskar Freysinger en conférence de presse sur la dimension humaniste de l’école et la reconnaissance professionnelle des enseignants pourraient séduire. Hélas, l’épreuve des faits ne les étayent pas. Les mesures prises ou évoquées ne favoriseront ni les élèves en difficulté, ni la place des sciences humaines dans l’éducation et encore moins la prise en charge collective d’un métier difficile. Quant au crédit à donner aux professionnels, il se traduit par l’instauration d’un climat de méfiance, une interdiction aux praticiens de s’exprimer, et la mise à l’écart de plusieurs collaborateurs de grande valeur. Le chef du département affirme avoir voulu dix thèses simples pour «élever» l’école valaisanne. Lorsqu’en découleront les mesures promises, nos collègues pourront repenser au principe énoncé par Mencken: «Pour chaque problème complexe, il existe une solution simple, directe et fausse.»

 

* Lire en pp.63-64

** Conférence intercantonale de l’instruction publique de la Suisse romande et du Tessin

*** Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique

 

 

L'accès aux documents est réservé aux abonnés.