Et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier d’alu?

Le gouvernement feint-il la démence? Le 22 mars, le Conseil d’État a convoqué la presse pour présenter son plan d’action pour que Neuchâtel perde son étiquette d’enfer fiscal. Manifestement, les orientations du nouveau régime financier cantonal doivent répondre d’abord aux attentes des entreprises...   

On se souvient que le gouvernement avait présenté son programme de législature 2018-2021 le 1er décembre dernier, énumérant notamment une quarantaine de mesures destinées à résorber le déficit1. Cible: 50 millions d’économies!

Au lendemain du refus de budget, alors que nos politiciens en étaient encore aux combats de coqs2 dont la presse locale rendait compte, il valait la peine de lire La Liberté3. M. Bernard Dafflon, professeur émérite de finances publiques à l’Université de Fribourg, y faisait part de son analyse. Extraits: «(Les problèmes budgétaires sont) le résultat de décisions prises sur la fiscalité des entreprises (…) L’autre partie de ce problème structurel tient aux dépenses du canton de Neuchâtel qui sont plus élevées que dans les autres, en particulier les cantons romands. (...) Les dépenses par fonction et par habitant (...) sont en moyenne plus élevées. Pour le réseau hospitalier, par exemple, les fonctions de l’Hôpital neuchâtelois sont comparables à celles du Réseau hospitalier fribourgeois. Mais avec une population plus faible.» (170 000 habitants pour Neuchâtel contre 300 000 pour Fribourg, ndlr). «Le vrai problème consiste à savoir quelle est la partie du train de vie qui est à l’origine du déficit. Il me semble que le Gouvernement neuchâtelois a déjà fait tout ce qu’il pouvait pour élaguer ce qui peut l’être. Je ne suis pas un fan des réductions structurelles: amincir l’État sans considération est un discours de droite. Le budget a deux côtés: dépenses et recettes. On pourrait aussi examiner la situation fiscale et se demander si la baisse accordée voici quelques années est raisonnable.» «La baisse d’impôt pour attirer de nouveaux contribuables est très pratiquée. On se dit que la base fiscale va s’élargir en attirant de nouveaux contribuables et que cela compensera la baisse du taux. Mais on voit bien que la concurrence fiscale ne donne pas sur le long terme ce qui était promis au moment de la décision. (…) Quand tous les cantons limitrophes baissent leur taux, les positions fiscales relatives ne changent pas et donc les différentiels fiscaux supposés être attractifs s’annulent. Mais les recettes fiscales en souffrent. Avec les mêmes prestations, cela se paie en dettes structurelles dont il est difficile de sortir. Et des lendemains difficiles, car l’impôt baissé ne se récupère pas politiquement.»

Un régime à 140 millions d’économies supplémentaires

Les dernières intentions du gouvernement vont coûter très cher en manque à gagner… et on peut faire confiance à nos politiciens pour imposer de nouveaux et nombreux sacrifices aux éléments les plus fragiles de la population. Électoralement, ce n’est peut-être pas un mauvais calcul, il est hélas avéré que les milieux socioprofessionnels privilégiés fréquentent davantage les bureaux de vote (même virtuels) que les pauvres. Comme nos gouvernants, j’aimerais bien afficher ma fierté d’être Neuchâtelois, mais les perspectives ne m’y incitent guère!

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