Des chiffres qui disent beaucoup, mais pas tout

Les statistiques encaissent comme principal reproche de réduire l’humain à des nombres, pour mieux le manipuler. Or, incontournables pour qui veut piloter un système éducatif, par exemple, elles laissent toujours ouverte la façon dont on les utilisera.  

En matière de statistiques – une science, certains l’oublient –, c’est l’interprétation des indicateurs, des données produites qui fait tout ou presque, comme l’illustre notre dossier du mois. 

On y interroge d’abord quelques repères utilisés pour gouverner l’école, qui, par exemple, mesurent le nombre d’élèves par classe, mais pas la réaction d’un village lorsqu’on veut fermer une classe (p. 6). 

On y critique ensuite sévèrement l’enseignement des statistiques tel qu’il est prévu dans les plans d’études: si on examine les exercices proposés aux examens, «on ne peut être que frappé par leur nature artificielle et exclusivement procédurale (...) un véritable travail de réflexion sur l’analyse et sur l’interprétation des résultats n’est ni exigé ni envisagé» (p. 8). 

Autre éclairage, la version que donnent les médias des résultats d’une étude, en l’occurrence celle menée l’an dernier sur la santé des enseignants: non, vous n’êtes pas tant qu’on l’a dit et entendu à être au bord du burnout. Pourquoi l’a-t-on cru? (p. 9) Grandes pourvoyeuses elles aussi de statistiques, les études internationales d’évaluation des acquis des élèves, telles PISA (p. 11, p. 13) poussent certains pays, en Suisse certains cantons, à mettre en place des mesures variées pour améliorer les performances des élèves. Avec le risque de ne favoriser que les enseignants, équipes, établissements ou élèves «dont les chiffres montrent qu’ils sont méritants» (p. 14), jusqu’aux rankings (p. 15) qui «solidifient un processus de gouvernement par la comparaison et la mise en concurrence». 

Le dossier se termine avec un regard sur l’interprétation de statistiques éminemment complexes, celles qui permettent d’évaluer l’effet-maître ou classe sur les résultats d’un élève (p. 16). Effet prouvé. Même s’il «reste malaisé de chercher à déterminer un profil du bon enseignant».

Bonne lecture. 

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