Des signes de démantèlement? Mais non. Mais si!

En cette fin d’année 2017, des documents ou des décisions ont de quoi susciter des inquiétudes dans le monde de l’enseignement jurassien. Le budget 2018, le neuvième état de situation du suivi du programme OPTI-MA, des réponses à des interventions parlementaires, sont sources de questionnements, pour le moins.

Au moment où nous écrivons ces lignes, le budget n’a pas encore été adopté par le Parlement jurassien. Quand vous les lirez, ce sera par contre le cas. D’où un décalage probable entre ce qui suit et certaines décisions prises. Ce que nous savons, en réponse à une question orale du soussigné, est que le Gouvernement n’entend pas doter le conseil pédagogique spécialisé d’un demi- poste supplémentaire. Le titulaire s’en va à fin janvier. Son engagement dans sa fonction ne peut être mis en cause. Mais il croule sous les dossiers. Qui vont s’accumuler davantage encore, car il y a risque manifeste de vacance pour ce poste.

Une proposition de porter au budget ce demi-salaire supplémentaire indispensable a été faite par un membre du SEJ. Espérons qu’il ait obtenu un succès. Dans les commentaires qui accompagnent le budget, on apprend que, depuis 2014, 84,70 emplois plein temps (EPT) ont été supprimés à l’État jurassien. Bien des députés s’en félicitent, s’en gargarisent même. Laissons-les à leur satisfaction, il n’y a finalement pas de mal à se faire du bien!

Plus précisément en ce qui concerne l’école obligatoire, on y apprend qu’à la rentrée d’août 2017, une réduction de 18,7 EPT a été réalisée par rapport à la rentrée d’août 2016. Près de dix-neuf emplois supprimés en une année. Résultat de fermetures de classes à la pelle, même réalisées de manière douteuse comme dans le cercle scolaire du Creugenat (voir Educateur no 8). Un peu plus loin, dans les commentaires du budget, on apprend que l’on prévoit que l’objectif du programme OPTI-MA (programme drastique d’économies) sera dépassé dans le Département de la Formation, de la Culture et des Sports, avec un état de réalisation de 106,3%. Bravo. Des économies supplémentaires de 259’000 francs. De quoi financer largement un demi-poste supplémentaire de conseiller pédagogique pour l’enseignement spécialisé.

Ce démantèlement de l’école obligatoire est encore plus flagrant quand on prend connaissance du neuvième rapport de l’état de réalisation du programme OPTI- MA. La mesure 97, concernant les fermetures de classes, devait produire jusqu’en 2018 un gain de vingt-trois EPT. En 2017, ce sont vingt-huit EPT qui ont été supprimés; cinq (18%) de plus. Et comme dans ce même rapport on annonce la fermeture de quatre classes supplémentaires, le démantèlement sera encore accéléré. On sait déjà que l’on va fermer quatre classes en 2018. On le sait peut-être parce qu’on a trafiqué les normes d’effectifs (voir Educateur no 8). Économies d’abord et seulement. Tous ces chiffres font que l’on pourrait aisément financer des postes utiles au fonctionnement de l’école, comme pour le conseil pédagogique de l’enseignement spécialisé, tout en respectant les règles imposées par OPTI-MA et la Table ronde. Mais ce n’est pas l’esprit de cet accord de démantèlement des services publics jurassiens.

Et dire qu’il y a une des signataires qui proposait récemment de développer l’école jurassienne sur le modèle finlandais! Comme dirait je ne sais plus qui, peut-être Jacques Gerber, rire est bon pour la santé.

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