Qui veut prendre ma place?

Il est toujours très intéressant de discuter avec des amis, des connaissances ou simplement avec un badaud de notre belle profession et de leur expliquer à quel point nous avons du plaisir à partager du temps avec les jeunes et à transmettre nos savoirs. Hélas, la discussion prend souvent une tournure beaucoup moins agréable pour nous lorsque notre interlocuteur engage la discussion, et cela arrive en général assez vite, sur ce qu’il estime être des avantages incroyables. 

Encore en vacances? Déjà fatigué après huit semaines de travail? Tu commences à quelle heure déjà? T’as eu le temps d’aller faire tes courses à 16h30 aujourd’hui? Il faut bien avouer que personne ne nous fait de cadeau de ce côté-là. L’enseignant installé sur le banc des accusés de la fainéantise chronique et de la «vacancite» aiguë se défend comme il peut en argumentant que les périodes de préparation sont conséquentes, que les moyens changent régulièrement, que les corrections prennent du temps et que la journée se termine bien souvent plus tard que les heures de cours en raison des corrections et des différentes réunions. Un tel discours devrait faire mouche… eh bien non. En un retour de volée, il suffit à notre interlocuteur de placer l’expérience en avant pour justifier que nous passons de moins en moins de temps à préparer nos cours.

Mais alors, si ce métier est si simple et comporte tant de facilités, pourquoi n’at- il pas choisi la profession d’enseignant? C’est à ce moment précis qu’une fissure béante apparaît dans la muraille de notre interlocuteur. Quasi instantanément, il affirme qu’il ne pourrait jamais exercer ce travail, qu’il ne supporterait pas les élèves turbulents ou simplement ceux qui rêvassent, que cela le rendrait malade de se rendre compte que la moitié des élèves n’écoute pas et que l’autre discute, que ça doit être compliqué de gérer tous ces cas particuliers, que lui n’aurait pas la force, qu’il deviendrait fou à devoir écouter les réclamations des parents, que tout de même certains parents exagèrent à toujours remettre en cause les affirmations et les explications des enseignants, que ce n’est pas normal de devoir répondre à des parents à 20 heures au sujet d’un devoir que l’élève ne sait pas faire parce qu’il n’a pas écouté en classe… En quelques instants, la personne en face de moi a pris conscience que ce métier si pépère, aux mille et un avantages, n’est somme toute pas si tranquille que ça.

Tous les éléments qu’il a cités charpentent le quotidien des enseignants. Notre travail a évolué, s’est densifié et complexifié. Nous ne sommes plus les absolues références, nous devons constamment justifier notre travail auprès des parents, mais aussi parfois des autorités. Nous ne sommes plus uniquement des transmetteurs de savoirs, nous sommes plus que ça.

Je suis convaincu qu’aux prochaines vacances, la même discussion reviendra sur le tapis, comme si de rien n’était. Mais gageons que tôt au tard, mon interlocuteur, quel qu’il soit, se rendra compte que même si, comme moi, il pense que c’est le plus beau métier du monde, ce dernier est difficile et que le quotidien d’un enseignant, en 2017, n’est pas forcément une sinécure. 

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