Enseignant = factotum!

Enseignant est devenu un métier de «bonne à tout faire» disent certains. D’autres prétendent que le «Régent» n’existe plus et qu’il a été remplacé par des équipes pédagogiques. Qu’en est-il vraiment? 

Pour être fixé sur la question, il est important de relire le cahier des charges du personnel enseignant primaire daté de 2006: www.spval.ch/ dossiers/cahier-des-charges. On y retrouve les détails sur les missions, les temps et champs d’activité. Pour certains collègues, le cahier des charges du titulaire daté de 2015: www.spval.ch/ documents-divers/cahier-des-chargesdu- titulaire/view vient s’y ajouter. Rien de nouveau, me direz-vous! Il n’y a eu que quelques ajustements...

Il va de soi que les évolutions scolaires dans les domaines des méthodologies, de la didactique, de la pédagogie et de la technologie appellent à des compétences diversifiées. Pour «être à la hauteur», des formations continues obligatoires ou facultatives s’ajoutent à l’emploi du temps ordinaire du maître. Ce qui a également changé, c’est le «contexte social» qui s’est transformé et a évolué de façon considérable.

L’instituteur doit désormais «passer plus de temps» dans la gestion et la résolution de situations-problèmes que dans le cadre de ses tâches en lien avec «l’enseignement ». On lui demande de pallier les manques, les hautes performances, les déficits, les dysfonctionnements des élèves, mais également de certains parents. Pour se prémunir ou éviter des suites malencontreuses, certains responsables scolaires agissent promptement. On retrouve alors différentes stratégies: multiplication des réunions de coordination, mise en place des dispositifs ou des procédures locales, transmission de directives strictes, délégation de compétences à des chefs de X-Y-Z domaines, organisation et obligation de présence chronophage pour différentes surveillances...

Si l’enseignant a la malchance de cumuler tout ou partie de ces stratégies, il va passer du statut de maître d’école à celui de maître-jacques. La conscience professionnelle des collègues va les pousser à courber l’échine en se pliant aux demandes insistantes de la hiérarchie. Certains vont émettre une demande de consultation dans la mise en place ou l’amélioration des mesures. D’autres vont contester leur transformation en «intendant » et privilégier le côté pédagogique de leur mission. Pour les plus touchés et les incompris, le recours à la voie «syndicale » est nécessaire.

Des voix se font entendre et argumentent qu’un enseignant à 100% dans une classe est la solution à beaucoup de maux. Ils nous disent que cet engagement à plein temps facilite la gestion de la classe, les échanges avec les spécialistes et l’organisation de l’école par les directions. Dans un monde idéal, cela est certainement vrai. Dans la réalité, le travail en duo pédagogique est la solution pragmatique choisie par de nombreux collègues pour gérer les sollicitations grandissantes de la profession. Une baisse de son temps de travail de 20% ou plus permet de souffler. Du temps est libéré pour la préparation des cours et les fins de journées sont disponibles pour les séances.

Dans tous les cas, les professionnels de l’école doivent se mettre autour de la table pour discuter ouvertement et de manière constructive sur la répartition des tâches et l’organisation générale du centre scolaire. Une direction «autoritaire», des enseignants «capricieux», des duos «imposés » et des spécialistes «rigides» sont les ingrédients pour créer des tensions et multiplier les problématiques. Une répartition harmonieuse des tâches et des fonctions entre tous les protagonistes est souhaitée. Elle permet d’impliquer chacun à la hauteur de ses possibilités.

Pour anticiper la prochaine année civile et scolaire, j’en appelle donc à la bonne volonté de tous les partenaires, à l’écoute mutuelle et à la construction commune d’une organisation locale réfléchie et issue d’un consensus. L’autorité cantonale a un rôle d’incitateur auprès des directions comme responsable RH1 des équipes pédagogiques. 

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