Subir ou agir, un choix éternel

Le SER a commandité une étude sur l’état de santé des enseignants. Que dit-elle de la situation à Genève et surtout que doit-on faire de ces résultats? Le constat est sans appel: les enseignants genevois sont parmi les plus malades de Suisse romande. Étonnant? Pas vraiment! 

Nombre de jours de maladie, indice d’épuisement professionnel, impression de devoir tenir le coup: selon ces indicateurs, les enseignants genevois sont en souffrance. À la différence d’autres cantons, Genève est souvent très éloigné de la moyenne pour les indicateurs concernés. Expliquer ces constats reste difficile, mais des hypothèses fortes peuvent être posées. Genève a une population précarisée ou migrante pour une grande part. Or, plus les familles sont éloignées de la norme scolaire, plus le contexte d’enseignement est difficile et sollicitant. De plus, le monde du travail laisse les parents moins disponibles qu’avant, générant un stress pour les parents, les enseignants et les élèves. Enfin, a contrario d’autres cantons, les politiciens critiquent au lieu de soutenir les efforts de l’école pour la réussite de tous les élèves. Les budgets qu’ils allouent sont en dessous des besoins, créant pour l’école primaire un des taux d’encadrement les plus bas de Suisse! On pourrait s’arrêter à ces constats, en se plaignant d’un contexte dégradé et intangible. Mais il est plus intéressant de sortir d’un fatalisme débilitant en agissant. Voici trois pistes de travail.

Premièrement, chaque enseignant doit cultiver un espace de ressourcement personnel. Et pas uniquement pendant les vacances! L’enquête montre que les collègues, à force de «tenir le coup», prennent beaucoup de temps sur leurs vacances pour récupérer avant de se reposer sur le peu de temps qu’il reste au final. Rester investi dans sa profession implique de prendre soin de soi, en permanence.

Deuxièmement, chacun doit investir l’action collective, en équipe enseignante ou à la SPG. C’est le seul moyen d’espérer changer des conditions de travail déprimantes, par exemple en luttant pour la diminution de l’administratif, contre les contrôles tatillons au profit de la confiance dans les relations, pour un taux d’encadrement répondant aux besoins spécifiques des élèves ou pour activer l’intelligence collective afin de faire face aux défis de la profession.

Troisièmement, le département doit soutenir l’activité enseignante. La SPG avait milité pour cent directeurs afin d’assurer un soutien de proximité; ils ne sont plus que cinquante-huit! Un vrai soutien devient impossible avec sept-cents élèves, cinquante collaborateurs à charge et un temps famélique de secrétariat! Et, fait aggravant, les postes administratifs et techniques (infirmières, secrétaires et directeurs) n’augmentent pas au même rythme que les effectifs d’élèves. Un autre moyen de soutenir les enseignants est de créer un lieu d’écoute avec des conseillers pour les enseignants, comme cela se fait dans d’autres cantons. À Genève, l’OMP, les directeurs ou les ressources humaines peuvent jouer ce rôle. Mais les forces manquent vu l’ampleur de la tâche. Suite à l’enquête du SER, des discussions vont démarrer pour aboutir à des effets concrets. La SPG y participera évidemment. On les espère les plus rapides possible, parce qu’en attendant, des collègues sont malades!

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