On ne tire pas sur l’ambulance!

Mauvais timing! Mauvaise communication! Mauvaise publicité! Railleries du grand public! La conférence de presse du SER au sujet de l’enquête sur la santé des enseignants, ainsi que les résultats obtenus, ont passé un sale quart d’heure. Même certains enseignants n’ont pas été tendres. Essayons de remettre l’église au milieu du village!

 

Tout d’abord, l’enquête n’a pas été réalisée à la rentrée des classes comme certains le laissent entendre! Les questionnaires étaient accessibles aux enseignants durant tout le mois de mars et jusqu’au début avril 2017. Il fallait dès lors un peu de temps pour dépouiller et effectuer une analyse complète. Une fois cette tâche réalisée par l’Institut universitaire romand de Santé au Travail (IST), l’annonce des résultats pouvait se faire. La remarque sur le choix de la date de l’annonce des résultats peut être discutée. Cependant, n’est-ce pas judicieux de signaler, en début d’année scolaire, que la situation a tendance à se dégrader au cours de cette dernière et cela dans l’optique de trouver une écoute et des solutions rapides?

Si l’on s’attarde ensuite sur les différents résultats, il me semble important de relever quelques chiffres significatifs:

Il convient tout d’abord de tordre le cou à l’idée préconçue que seules les personnes malades ou proches de l’être répondent à une telle enquête. En Valais, 68% des enseignants interrogés ont répondu à cette enquête alors que l’état de santé général est meilleur que dans la plupart des cantons. Nos collègues ont pris du temps (30 minutes) pour répondre à ce questionnaire parce qu’ils se sentent concernés par cette problématique, même s’ils se sentent bien. N’oublions pas que 53,8% des répondants valaisans estiment que leur état de santé s’est au moins un peu dégradé depuis cinq ans et cela à cause de leur travail. 50,4% des enseignants avouent devoir, souvent ou très souvent, «tenir le coup» durant les périodes scolaires. L’expression choisie est certes forte, mais c’est surtout le résultat qui doit interpeller. Si cette réaction peut survenir dans n’importe quelle profession, cela semble particulièrement dommageable à la formation lorsque ce constat se fait chez des enseignants en charge de jeunes enfants. Que se passera-t-il lorsque l’enseignement ne tiendra plus le coup? Nous le savons tous très bien: démotivation, enseignants de qualité moindre, absences, etc. Cette situation serait préjudiciable pour tous les acteurs de l’école.

Je terminerai cet article avec un dernier chiffre, chiffre qui, personnellement, me semble essentiel à une bonne analyse de cette étude. 83,8% des enseignants voient dans leur travail un défi positif. Cette écrasante majorité doit pouvoir compter sur des conditions-cadres qui lui permettent de réaliser ce défi et ne pas risquer la démotivation et la maladie.

Une étude récente de Klusman et al. (2017) démontre que l’épuisement émotionnel du personnel enseignant a des impacts sur la qualité de l’enseignement et dès lors sur les résultats scolaires des élèves. Nous voulons tous une éducation de qualité pour nos jeunes. Alors faisons en sorte que chacun se rende compte qu’un enseignant motivé et en forme est un atout indéniable pour le développement et la progression des élèves tant au niveau scolaire qu’émotionnel. 

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