Une démarche qui n’est pas neutre

Les entretiens de développement et d’évaluation sont prévus par la loi sur le personnel adoptée en septembre 2010, et par l’ordonnance du même nom de novembre 2011. Or, depuis, aucun entretien n’a été tenu dans les écoles obligatoires, aucune personne n’ayant été désignée à ce jour pour les mener.

 

Un temps, les futurs directeurs d’arrondissements étaient pressentis pour assumer cette tâche. Mais le projet de création d’arrondissements scolaires a été abandonné après sa mise en consultation qui s’est traduite par un très fort scepticisme (euphémisme) quant à l’organisation proposée.

Les choses semblent évoluer désormais. Le Département de la Formation, de la Culture et des Sports (DFCS) envisage très sérieusement d’accorder davantage d’autonomie aux directions d’écoles. La tenue des entretiens de développement et d’évaluation pourrait entrer dans cette autonomie plus grande, qu’il faudra reconnaître aussi comme une responsabilité accrue attribuée aux directions.

Le SEJ avait inscrit ce point à son assemblée générale de juin dernier. Peu de commentaires avaient été faits alors. Les enseignants ne voulaient peut-être pas donner leur avis en présence de leur directeur, ou des responsables du DFCS. Des remarques sont venues par la suite au secrétariat du SEJ, tant de la part d’enseignants que de la part de membres de directions. La dimension pédagogique est particulièrement sensible. Qu’un directeur évalue l’engagement d’un enseignant en lien avec sa ponctualité, ses relations avec les collègues, les élèves, voire les parents, ou encore en observant sa participation aux activités générales menées par l’établissement scolaire, l’idée ne gêne que très rarement.

C’est moins évident pour l’aspect pédagogique. Le directeur est aussi un enseignant. Il n’a pas de formation spécifique, importante et reconnue, lui attribuant les compétences pédagogiques nécessaires pour mener cette partie de l’entretien et poser un regard sur la pratique de ses collègues.

Il faut rappeler que la loi, pour les services administratifs, attribue cette tâche «au chef de service ou au responsable hiérarchique désigné par ce dernier». Les directeurs d’école obligatoire ne sont pas des supérieurs hiérarchiques pour les enseignants. Leur évaluation de fonction ne retient d’ailleurs pas ce critère pour l’attribution de points.

Le SEJ construit sa position à ce sujet. Il reste bien des questions auxquelles des réponses définitives ne sont pas encore données. Sans prétendre à l’exhaustivité, en voici quelques-unes: Les directeurs sont-ils disposés à assumer cette tâche, ou pour certains cela risque-t-il de remettre en cause leur intérêt pour la fonction? Quelle formation pédagogique complémentaire sera donnée aux directeurs pour être reconnus en la matière par leurs collègues? L’État est-il disposé à réévaluer la fonction de directeur d’école obligatoire qui obtiendra de fait le statut de supérieur hiérarchique?

La mise en place de projets d’établissement se fonde sur des relations de confiance entre les directions et leur corps enseignant. La tenue des entretiens risque-t-elle de dégrader ces relations? Les directeurs membres du SEJ sont conviés à une séance de réflexion à ce sujet le 7 septembre prochain. N’hésitez pas jusque-là à nous faire part de vos idées pour que cette démarche, incontournable, soit la plus neutre possible. 

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