Du bien-être de l’enseignant

Articuler vie privée et vie professionnelle est une source de bien-être, en particulier au travail. Pourquoi certains directeurs peinent-ils à comprendre ce principe somme toute assez simple à intégrer? Pour ceux-ci, le travail passe avant tout, au détriment de la santé des collègues.

La profession est en soi très envahissante. Les enseignants portent sans arrêt les problématiques professionnelles avec eux, parfois jusqu’à en rêver durant leur sommeil. Pendant les congés scolaires, les enseignants travaillent, font des achats pour la classe ou des visites en pensant à l’intérêt pédagogique qu’on pourrait en retirer, même lorsqu’ils sont à l’autre bout de la planète. Ils sont très investis dans leur travail, éprouvent parfois de la culpabilité ou pour le moins vivent des remises en question importantes. Échecs scolaires des élèves, chahut dans la classe, conflits avec les parents, les amènent souvent à se demander ce qu’ils ont «fait faux», ce qu’ils auraient pu faire mieux ou autrement pour éviter ces écueils douloureux. Parfois, ces difficultés sont affrontées seul, au point qu’elles finissent par atteindre la santé, par manque de soutien ou de solution. L’étude sur le bien-être des enseignants du docteur Papart avait souligné le manque de soutien hiérarchique de proximité, rôle que la SPG a toujours revendiqué pour les directeurs. Or, force est de constater que certains directeurs se préoccupent peu de cet aspect de leur cahier des charges. Loin de soutenir, ils écrasent par une attitude inutilement zélée. Voici quelques exemples d’une liste malheureusement non exhaustive: entretiens d’évaluations et de développement professionnels persécutoires, alors qu’ils devraient valoriser l’activité du collaborateur; «contrôlite aigüe» des présences en séance, comme si les enseignants n’en faisaient déjà pas assez; rappel incessant de l’obligation de faire 1800 heures par année pour contraindre à en faire plus; convocations tous azimuts des personnes sans aucun respect de la disponibilité des collègues à temps partiel; demandes infantilisantes où les directeurs considèrent explicitement les enseignants comme des élèves; entretiens de régulation à l’issue desquels les collègues se sentent «comme une merde» (sic)! Les enseignants ne sont pas des élèves, faut-il le rappeler (cf. la Clémence de ce numéro)! Ils ont besoin qu’on leur fasse confiance parce qu’ils sont professionnels. Ils sont motivés et s’impliquent pour leurs élèves; ce constat devrait être un a priori de base dans la relation avec la hiérarchie. C’est d’ailleurs ce que recommande l’Office du personnel de l’État, pour qui les relations entre collaborateurs et responsables hiérarchiques doivent être fondées sur l’écoute, la confiance et le respect. Il faut le rappeler aux directeurs, surtout ceux qui dans leur attitude sont loin de cette réalité. Pour cela, il ne faut pas hésiter à se positionner comme professionnels responsables et ne pas se laisser embarquer dans l’attitude voulue d’élève obéissant. Cela demande parfois de résister aux demandes aberrantes et à entrer en conflit constructif. C’est un peu coûteux en énergie, mais c’est une manière de rétablir des relations sereines au travail, et surtout productives pour le bien de tous, des élèves d’abord.

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