Vers une école bureaucratique?

Le rapport sur l’analyse de fonctionnent du Service de l’enseignement (SEN) a été rendu public le 6 juin dernier. Selon le jargon de ce genre d’exercice, dix-huit «faiblesses» et deux «menaces» y sont relevées. Les «menaces» qui impliquent le SEJ sont les conséquences d’une bonne partie des «faiblesses».

D’abord un sourire. La première menace est libellée ainsi: «Le syndicat (SEJ) est trop présent et entrave le fonctionnement du SEN (selon le SEN).» Pour mettre en évidence cette omniprésence déstabilisante, un seul exemple est donné: «Cinq membres du syndicat sur neuf membres au total dans la Commission pédagogique.» Petit problème, cette commission n’a jamais été constituée et n’existe donc pas, pas plus que les représentants du SEJ qui pourraient y siéger… La seconde menace précise que «les directeurs et enseignants contactent le SEJ pour traiter de leurs problématiques (au lieu d’appeler le SEN)». C’est vrai, le SEJ est de plus en plus sollicité pour apporter des réponses que les directeurs ou les enseignants n’obtiennent pas au SEN. Ici, la menace pèse sur le SEJ, qui subit une surcharge de travail non sollicitée, consécutive au dysfonctionnement constaté dans les dix-huit faiblesses du rapport. Il ne nous appartient pas de les évaluer. Certaines relèvent intégralement des relations internes sur lesquelles nous n’avons pas à nous prononcer. Mais s’il en est une, mise en évidence dans le rapport, que les directeurs, les enseignants et le SEJ ressentent fortement, c’est l’absence de ressources humaines en suffisance dans plusieurs sections du service. On constate cette insuffisance de personnel surtout dans le domaine pédagogique. Ce qui risque de se prolonger. À la rentrée d’août 2016, des quatre postes de conseillers pédagogiques (deux primaires, un secondaire et un pour l’enseignement spécialisé), 1,5 poste, au mieux sera repourvu. Les raisons en sont multiples. Le demi poste de conseiller pédagogique occupé jusqu’en décembre par Monsieur le ministre Martial Courtet vient d’être mis au concours. Parallèlement, l’autre conseillère pédagogique pour le niveau secondaire a remis sa démission. La section intégration est en pleine restructuration. On a pallié la vacance à la tête de cette section par la nomination ad intérim d’un conseiller pédagogique primaire, mais qui n’est pas remplacé dans cette fonction. Et les deux conseillères pédagogiques de l’enseignement spécialisé qui se partageaient le poste sont désormais occupées à temps très partiels et provisoires à d’autres tâches. Vous avez suivi le jeu des dominos? À la rentrée, plus qu’un conseiller pédagogique primaire, un demi conseiller pédagogique secondaire et zéro conseiller pédagogique de l’enseignement spécialisé! Ce souci de voir se développer une école gérée bureaucratiquement est illustré aussi par les deux exemples qui suivent. Le 17 mai 2016, un arrêté gouvernemental a créé un groupe de travail chargé d’analyser, de gérer et d’organiser les prestations pédago-thérapeutiques relevant du SEN en faveur des personnes de 0 à 20 ans. Parmi les onze personnes qui constituent ce groupe, évidemment, pas de représentant du SEJ, mais pire, aucun enseignant n’est invité à participer à la réflexion. Dans les comptes 2015, dans les services chargés de la formation (SEN, SFO1, CEJEF2 et ses divisions), on constate des dépassements par rapport au budget, pour les dépenses pour le personnel administratif, atteignant 500’000 francs au total. À l’inverse, les charges pour le personnel enseignant, tous niveaux d’enseignement confondus, ont été inférieures de 1’900’000 francs. Les nombreux départs en retraite n’expliquent pas seuls cette différence. Espérons que la tendance s’inversera, car les élèves dans le terrain ont besoin de pédagogues, pas de bureaucrates.

L'accès aux documents est réservé aux abonnés.