Un cri du cœur

Monsieur le Conseiller,

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Depuis l’année passée, avec des collègues et la direction de mon CO, nous avons créé une CPP (Classe à Projets Professionnels). Pourquoi cette structure? Tout part de nos expériences, observations et constats: de toute évidence, dans notre société, bon nombre d’individus ne s’inscrivent pas dans la norme. Il en est de même pour plusieurs de nos élèves démotivés qui décrochent scolairement ou expriment leur malaise par des comportements inadéquats. En créant la CPP, l’idée est de (re)donner un but à ces ados en les confrontant plus rapidement que le veut un cursus scolaire normal au monde du travail vers lequel ils se destinent. La structure de cette classe à projets professionnels veut donc inciter le jeune à se confronter à la réalité du terrain par des stages et des visites d’entreprises, puis à revenir à l’école pour y travailler en toute conscience et connaissance de cause les notions indispensables à son futur métier. Cette classe à effectif réduit est un challenge qui demande moult adaptations et mutations en fonction du public cible, mais tout en faisant partie intégrante du CO. L’objectif final est naturellement d’aider l’élève à décrocher une place d’apprentissage, de type AFP ou CFC si l’élève dévoile des compétences insoupçonnées.

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Je ne vous décrirai pas en détail ce que représente la quête de places de stage et d’apprentissage pour des jeunes largués par le système scolaire classique. Mais je peux vous affirmer que sans une structure telle que la CPP, aucun d’eux n’aurait eu sa chance, et à cet âge, la succession d’échecs rend l’avenir bien sombre, avec toutes les tentations et dérives que cela implique. D’ailleurs, durant les premiers mois du début d’année scolaire, il a fallu travailler d’abord sur l’humain, l’estime de soi, faire comprendre ou découvrir à ces jeunes que l’étiquette de «nul» qu’on leur a collée ou dont ils se sont imprégnés ne tient pas compte de leurs qualités ni de leurs réelles compétences, mais n’est souvent que le reflet des connaissances scolaires exigées ou d’une image de soi très abîmée. (…)

Pourquoi un cri du coeur, alors? Eh bien parce que ce type de classes, comme d’autres structures, sont appelées à disparaître, plus ou moins prochainement… Mais je pense à tous ces jeunes en échec ou décrochage (et je vous affirme, Monsieur le Conseiller, qu’il y en aura de plus en plus, il suffit d’observer et de vivre dans une école pour s’en rendre compte) qui n’auront plus la chance de bénéficier d’un suivi tel qu’accordé maintenant avec l’encadrement en CPP. Quand je vois la masse de travail que cela implique, allant de l’apprentissage de l’utilisation d’un téléphone (Eh! oui! Il a fallu apprendre à passer un coup de fil à un patron potentiel!), à toutes les démarches administratives, en passant par le courrier, les jeux de rôles pour les entretiens d’embauche… je me dis que ces jeunes n’ont aucune chance de s’en sortir, car le programme des classes traditionnelles ne permet pas d’y consacrer autant de temps et d’énergie. De plus, les classes traditionnelles étaient à l’origine de leurs échecs scolaires ou de leur décrochage. Donc retour à la case départ. 

Par ce message, je voulais vous dire mon immense crainte des restructurations prévues. (…) J’aurais sans doute encore beaucoup à dire, mais ma conscience est quelque peu soulagée. Puisse mon cri du coeur être entendu et, il est beau de rêver, être considéré afin d’éviter ce qui est à mes yeux une grande erreur.

Michel Andrey, CO de Marly

P.S.: Au moment de publier cette lettre, sept élèves sur neuf ont signé leur contrat d’apprentissageMonsieur le Conseiller,

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