T’as pas deux balles?

Morosité. Sinistrose. Catastrophisme. Voilà comment résumer les présentations des finances publiques par les autorités fédérales ou cantonales. Elles le disent: tout va mal; les recettes baissent ou stagnent; l’appareil administratif est trop lourd; les dépenses sociales et de santé nous plombent; etc.

Ces déclarations sont faites régulièrement lorsque l’on parle de finances publiques en Suisse. C’est à ce point répété que l’on en vient, non seulement à le croire, mais à imaginer que notre canton préféré est au bord de la faillite, de l’asphyxie. Dans ces présentations, on oublie fréquemment quelques précisions. Les recettes baissent, oui, mais la concurrence fiscale à laquelle se livrent les cantons n’en est-elle pas la cause première? Chaque canton baisse ses impôts par peur de voir ses gros contribuables s’en aller. Ainsi, les impôts diminuent de manière tangible uniquement pour ces gros contribuables, et les prestations des services publics diminuent pour les autres, qui ont besoin de ces prestations. Dans le Jura, par exemple, malgré un effort supplémentaire de quatre millions, les montants des participations aux primes de caisse maladie vont être réduits. Précisons juste au passage que cette charge supplémentaire de quatre millions pour ce soutien indispensable aux plus défavorisés est financée par l’effort consenti par la fonction publique avec une baisse des salaires rapportant quatre millions (voir page précédente).

Cette remarque nous amène tout naturellement à évoquer l’autre obsession d’une majorité d’élus aujourd’hui: réduire le nombre d’employés cantonaux. Une obsession telle que, dans le Jura, on doit supprimer près de quatre-vingts à nonante postes dans les deux ans pour atteindre l’objectif OPTIMA-compatible de mille-huit-cents employés au plus. Cela, bien sûr, sans aucune réflexion sur les prestations à abandonner.

Cette pression, cette morosité, a des effets sur les employés. Le nombre d’absences de longue durée est en augmentation. Beaucoup d’employés disent ouvertement rechercher un autre emploi. Ce que semblent confirmer quelques départs, volontaires, récents.

Je n’oserais pas prétendre que les finances sont bonnes. Je serais taxé de gauchiste irresponsable (c’est du vécu). Je vais juste me limiter à citer une revue qu’il est difficile de taxer de repaire de doux rêveurs: PME Magazine. Dans son édition de décembre 2016, un article consacré aux finances cantonales a pour titre «Finances publiques: les cantons tiennent une forme olympique!». Et de continuer dans le chapeau en affirmant que «Lors de la saison 2015, les finances cantonales se sont couvertes d’or». Des notes «scolaires» sont données à huit critères. Le Jura termine au septième rang, avec six fois la note maximale de 6 (pour la couverture des charges, le degré d’autofinancement de 151,60 en 2015, les engagements supplémentaires, le poids des intérêts nets, la maîtrise des dépenses courantes, et l’intérêt moyen de la dette); une fois une note de 5,46 (pour l’exactitude de la prévision fiscale); une fois une note de 4,28 (pour l’effort d’investissement). Ce dernier mauvais résultat mérite à lui seul un long débat, notamment d’un point de vue de soutien à l’économie régionale. Le Jura finit avec une exceptionnelle moyenne globale de 5,69 (5,70 en 2014).

À part ça, préparons-nous pour ces prochaines années. Le discours misérabiliste continuera et l’on s’approchera de la fonction publique qu’on démantèle pour lui demander «T’as pas deux balles?».

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