Surveillance à tout prix

Novembre dernier, l’association Pro Juventute exposait dans un communiqué de presse une étude montrant que le jeu libre est toujours plus rare pour les enfants de notre pays. Le résultat de ce sondage est clair: les enfants jouent peu de temps, voire pas du tout, à l’extérieur sans surveillance. 

«Alors que les enfants dans les années 1970 passaient une grande partie de leur temps libre à l’extérieur et bougeaient chaque jour pendant trois à quatre heures, la situation est aujourd’hui bien plus morose: comme le montre une étude commanditée par Pro Juventute et publiée aujourd’hui, les enfants de Suisse alémanique jouent en moyenne 32 minutes par jour à l’extérieur sans surveillance, contre seulement 20 minutes par jour pour les enfants en Suisse romande. Un enfant sur trois dans notre pays ne peut pas jouer à l’extérieur ou alors seulement sous la surveillance constante d’adultes*».

C’est donc en ces termes que l’association Pro Juventute présente le résultat de son sondage relatif au jeu libre des enfants à l’extérieur. Alors qu’il apparaît pour tout le monde que jouer librement et sans surveillance incarne une certaine importance pour la qualité de vie des enfants, ce moment deviendrait de plus en plus rare. Pour que ce temps de jeu libre devienne de plus en plus fréquent, l’association propose quelques pistes: notamment que l’espace de jeu soit relativement sans danger et qu’il y ait une interaction avec d’autres enfants. Ce résultat de l’enquête invite donc indéniablement les communes à construire des lieux de vie aménagés pour les enfants (aires de jeux, cours d’école, etc.). Dans plusieurs domaines de la vie de tous les jours, on ressent la volonté de tendre au «risque zéro». Que ce soit dans le domaine de la santé, de la formation, du travail ou encore celui des transports. Et pour atteindre ce «risque zéro», on fait appel à l’exigence du contrôle. De tout contrôler afin de limiter, voire annuler, les risques possibles.

Qu’en est-il à l’école avec les sorties à l’extérieur? L’école vaudoise est actuellement régie par la Loi sur l’enseignement obligatoire (LEO), son règlement et une décision qui cadre les activités scolaires collectives hors bâtiment scolaire**. Cette dernière exige à juste titre une procédure pour les camps ou les courses d’école. Pour les activités de moins d’un jour, la procédure peut être allégée par les directions. Or, selon les retours, cette procédure n’est que rarement allégée. Peutêtre, au nom du «tout contrôle», via une paperasse administrative. Quoi qu’il en soit, ces formalités induisent inévitablement un frein aux sorties pour ramasser des feuilles en automne, pour observer les reliefs naturels, pour faire de la gymnastique à l’extérieur… Des activités pourtant intrinsèquement liées au Plan d’études romand et essentielles pour le développement de l’enfant. Pour la Société pédagogique vaudoise, il est donc nécessaire d’assouplir*** cette décision afin de promouvoir les sorties dans des espaces de nature, histoire que les élèves puissent distinguer un vrai chardon d’un faux.

 

* https://www.projuventute.ch/detail-franz.136.0.html?- &L=1&tx_ttnews%5Btt_news%5D=1246&cHash=3ef2a622 44c937f6cf36e3b3e681c8ae

** www.vd.ch/fileadmin/user_upload/organisation/dfj/- cd/fichiers_pdf/Decision_134.pdf

*** http://spv-vd.ch/docs/CourrierACL_décision134.pdf

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