On passe pour des Confédérés...

En minorité même importante à moins de trois sur dix, les Francophones de notre beau pays ont pu faire vivre leur langue depuis plus d’un siècle comme idiome national, d’autant plus respecté que leurs compatriotes alémaniques se faisaient une fierté de parler un français appliqué quoique fédéral. Le service militaire obligatoire et effectif, à très peu d’exceptions, rendait la chose faisable, autant que la tradition bien implantée d’importations massives de jeunes filles au pair de part et d’autre du rideau de rösti.

Cette époque, belle ou navrante selon les goûts, est bien révolue, et la grande idée d’un pays solidement implanté dans ses quatre langues nationales n’est plus qu’une velléité nostalgique et dépassée. Avec le forcing de deux langues à l’école primaire, c’est l’anglais qui s’impose dans la moitié des cantons alémaniques et plusieurs d’entre eux parlent de revenir à une seule langue «étrangère» en laissant tomber le français. Les cantons romands unanimes en restent, la main sur le coeur patriotique, à privilégier l’allemand, langue nationale et incontournable. A vouloir fidèlement, minoritaires et seuls dans notre coin, viser la cohérence nationale, est-ce que nous ne passons pas pour des Confédérés idéalistes, naïfs et obsolescents?

Mais s’il ne s’agissait que du choix fait par les systèmes scolaires... Toute personne amenée à conduire des activités outre-Sarine vous le dira, le français est en voie de disparition et l’allemand s’impose chaque jour davantage comme unique langue nationale. Et si l’interlocuteur est vraiment imperméable au parler majoritaire suisse, c’est l’anglais qui est appelé à la rescousse. Le nombre de séances nationales qui, petit à petit, virent gentiment à l’option «tout allemand» est considérable. Et même si l’option très respectueuse «chacun parle dans sa langue» reste de mise, puisqu’officiellement on ne peut pas faire autrement, les Francophones ont le sentiment, de plus en plus prégnant, d’être écoutés sans être compris. Si le message est important et doit absolument passer, il y a intérêt à ce qu’il soit exprimé en allemand seulement, voire dans les deux langues. Ce que la Présidente sortante de la CDIP, Isabelle Chassot, avait fort bien compris.

Même réaffirmé politiquement, le principe des langues nationales n’est plus une réalité de terrain et le français est en train de rejoindre l’italien au rang des curiosités minoritaires. Le déclin doit être enrayé et le choix de l’allemand comme première «langue II» à l’école est à défendre bec et ongles. Mais il va falloir faire beaucoup plus! Et il va s’agir de se battre...

L'accès aux documents est réservé aux abonnés.