Moins d’évaluation, plus d’apprentissages

Notes, évaluation, sélection, l’obsession de la mesure a rarement été aussi grande dans nos systèmes scolaires. Au moment de la mise en œuvre d’un PER large et ambitieux, on donne encore plus d’importance à ce qui est mesurable. A tel point que les élèves privilégient ce qui est «noté». Pour l’administration et pour beaucoup d’entre nous, c’est le cœur du métier. Pourtant la sagesse populaire devrait nous ramener au bon sens: «Ce n’est pas en pesant souvent le cochon qu’on le fait grossir…»

Le dossier de l’apprentissage des langues l’a bien montré, de part et d’autre de la Sarine, la notation et la sélection sont au cœur du bilan négatif de l’enseignement des langues à l’école. Comment promouvoir une communication, imparfaite, hésitante, en s’accrochant à l’évaluation habituelle? Comment engager les élèves à s’exprimer, s’essayer, se lancer dans une autre langue nationale, en continuant à sanctionner la moindre erreur qu’ils vont commettre? Comment leur donner envie de s’ouvrir sur la culture des autres, en faisant de la langue de ceux-ci un instrument coercitif et sélectif?

Un vrai progrès dans l’apprentissage demanderait qu’on lâche l’évaluation et surtout la notation et la sélection, qu’on se préoccupe surtout de parler et d’écouter, avec des fautes… Quels cantons vont avoir ce courage? Et dans les autres domaines d’enseignement, quels cantons oseront lever le pied et reconnaître que leurs systèmes de notation sont en surcharge pondérale et entravent la sérénité et le temps nécessaires aux apprentissages, autant que l’enthousiasme et l’intérêt si utiles et bénéfiques à l’accès à la connaissance, à la maîtrise et aux compétences? Quand va-t-on enfin comprendre que le traitement et les soins sont beaucoup plus importants que le thermomètre?

Alors que se profilent à l’horizon les tests de vérification des standards d’HarmoS, ainsi que le spectre des épreuves romandes, il est temps que dans les cantons on fasse preuve de bon sens: «Ce n’est pas en pesant souvent le cochon qu’on le fait grossir…» Quant aux élèves, moins de notation et de sélection, c’est plus d’apprentissages, plus d’enthousiasme, plus de confiance en eux, plus de plaisir et plus de réussite. Moins d’évaluation, c’est plus d’apprentissages. Ayons le courage de briser cette spirale de la mesure, qui est devenue insensée*.

 

 

* «Sinnloses Wettbewerb», (Mathias Binswanger) a été repris par nos collègues alémaniques de LCH lors d’une AD.

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