Modestie?

Au début de chaque législature, les Gouvernements cantonaux rédigent un programme visant à présenter leurs priorités pour le développement de leur canton. C’est un évènement. En présentant le sien fin juin, le Gouvernement jurassien a maintenu la tradition, sauf qu’il serait exagéré de parler «d’évènement».  

La nouvelle équipe de ministres est-elle encore dans la retenue et la modestie? C’est ce que l’on pourrait penser en prenant connaissance du document de trente-six pages, qui, si l’on retire les pages titres, la table des matières, les pages de dessins, etc., ne comprend finalement que dix-huit pages rédigées, des pages aux marges particulièrement larges. Ajoutez à cela que les répétitions se multiplient à travers le document et vous aurez compris que la lecture de ce document se fait, même en prenant le temps de réfléchir aux propositions qu’il contient, en moins d’une demi-heure.

Nous vous invitons à vérifier cela en vous rendant sur le site du canton où il est téléchargeable. Saluons tout de même la capacité d’autodérision du Gouvernement puisqu’un des dessins, présentant deux personnages qui conversent, contient les légendes suivantes: – Il est pas bien épais le programme de législature… – On économise le papier!!

Mais il n’y a pas que le papier qui est économisé. Les ambitions et les idées aussi sont fortement réservées. Parmi les axes que l’on y découvre, il en est un qui revient sans cesse, presque à chaque page: «La transition numérique constitue un axe central des politiques publiques à venir.» Et d’affirmer que «l’administration sera davantage orientée sur le service aux citoyens et aux entreprises ». On dirait que quelques ministres ont reçu un ordinateur à Noël et que cet outil merveilleux est devenu une obsession.

Franchement, l’administration n’est-elle pas déjà proche des administrés? Ne risque-t-elle pas de s’en éloigner en déshumanisant à l’excès les contacts avec les usagers? Il est tout aussi dangereux, et on l’a vu lors du Congrès du SEJ 2014, de se lancer dans une vision exclusivement virtuelle du développement de la société que de s’opposer jusqu’à son dernier souffle à une utilisation des nouvelles technologies. Ce qui est fondamental, ici, c’est que l’humain conserve la maîtrise de la machine et que de nouvelles règles de fonctionnement n’attribuent pas de pouvoir de fait à une minorité.

L’objectif avoué dans le programme de législature est de pouvoir alléger l’appareil étatique grâce aux nouvelles technologies. Et l’on revient au seul véritable projet gouvernemental, qui bloque tous les autres: on doit réaliser des économies, encore et toujours. L’inquiétude est là.

Dans son succinct chapitre sur les objectifs financiers, les résultats visés pour les budgets 2017 à 2021 sont présentés. L’équilibre devrait être effectif dès 2019, avec un taux d’autofinancement dépassant les 90%. Mais une phrase vient tout ruiner: «La réforme de l’imposition des entreprises III aura des incidences financières considérables, mais qui ne peuvent être appréciées pour l’instant.» Par «considérables», entendez des dizaines de millions perdues pour les collectivités jurassiennes. L’équilibre financier s’en trouve quelque peu menacé. D’où sans doute la modestie des ambitions gouvernementales en ce début de législature.

Le programme de législature n’a pas force de loi, heureusement. Son contenu se construira sans doute petit à petit. Et il faudra sans doute aussi se battre encore et toujours contre une volonté de démantèlement des services publics, qui fait déjà quelques dégâts à l’État. Les recettes moins d’impôts, moins d’État ont déjà servi. Tentons d’éviter le réchauffé. •

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