Manque de salles de sport: les chiffres varient, le casse-tête demeure

Sept salles de sport manquent au canton du Jura, selon un rapport du Gouvernement publié en toute fin de législature dernière. Trois à Delémont, trois à Porrentruy et une à Saignelégier. Plus récemment, le nouveau ministre Martial Courtet parlait de cinq salles pour couvrir les besoins cantonaux. Comme elles ne sont pas près de voir le jour, sur le terrain, le règne de la débrouille perdurera longtemps encore.

Le 24 octobre 2012, le Parlement jurassien acceptait le postulat du chrétien-social Bernard Tonnerre demandant une évaluation des besoins en salles de sport. Trois ans plus tard, fin 2015, l’ancien Gouvernement publiait un rapport sur la base du travail d’un groupe réunissant des représentants communaux, cantonaux et du Syndicat des enseignants. La Commission d’éducation physique et sportive du SEJ veille maintenant à ce que le soufflé ne retombe pas et va porter son action de plaidoyer notamment dans les groupes parlementaires. En ligne de mire: la planification financière 2017–2021. La Loi et l’Ordonnance fédérales sur l’encouragement du sport (plus une loi cantonale) fixent le cadre et notamment un nombre minimal de périodes d’éducation physique et sportive à l’école. Et, dans le Jura, des milliers d’élèves sont «hors la loi», car ils n’ont pas droit aux heures fixées par le droit fédéral. En école enfantine, le déficit est d’une heure sur trois. Au primaire et au secondaire I, les trois périodes prescrites sont données, à l’exception notable du degré 9, qui ne reçoit que deux périodes. Au secondaire II, l’exigence est aussi de trois périodes (art. 49 OESp), mais le Jura est à deux, tandis qu’en formation professionnelle, elle est selon les cas de deux ou une période (art. 52 OESp) et là les situations varient fortement. On est parfois à... zéro période!

«L’enseignement à l’école obligatoire doit prévoir au moins trois périodes hebdomadaires d’éducation physique» (art. 12 LESp)

C’est sans surprise dans les communes abritant de grands établissements scolaires que la situation est critique. Ainsi à Delémont et à Porrentruy, respectivement cent-sept et septante-neuf périodes hebdomadaires ne sont pas dispensées ou sont dispensées en extérieur, d’où un déficit chiffré à trois salles pour chacune des deux localités: une pour les besoins du primaire et du secondaire I et deux pour le postobligatoire. À Saignelégier, le nombre de périodes hebdomadaires non dispensées et dispensées en extérieur se monte à quatorze au primaire et au secondaire I, ce qui équivaut à une salle manquante. À Delémont et Porrentruy, le pourcentage d’élèves n’ayant pas ou pas assez de sport se monte à 36%, tous degrés confondus; 31% à Delémont et 42% à Porrentruy (dans certaines écoles comme le Lycée ou l’École de culture générale, 100% des élèves sont touchés). Casse-tête supplémentaire: dès la rentrée 2016, le campus tertiaire Strate J (zéro salle de sport!) abritera à Delémont une partie de la HEP-BEJUNE, actuellement située à Porrentruy. La didactique en éducation physique et sportive nécessite vingt-et-une périodes en salles de sport, dont certaines périodes en piscine. Les plans d’occupation des salles de Delémont ne permettent pas de couvrir les besoins de cette entité. Une solution provisoire a été trouvée avec la salle de Soyhières. Mais il faudra payer une location, compléter le matériel et organiser les transports. Avant d’envisager de nouvelles infrastructures, on peut à court terme encore optimiser l’utilisation des salles existantes dans les chefs-lieux et dans les villages voisins. À Delémont et à Porrentruy, il existe aussi des installations privées qui pourraient être sollicitées. Mais il y a des contraintes et des inconvénients: l’harmonisation des grilles horaires et la coordination des déplacements, les coûts supplémentaires et la réduction du temps d’enseignement à disposition des élèves. À plus long terme, il faudra donc passer par de nouveaux équipements. Pour quel coût? Fribourg est parvenu à se doter d’une salle triple modulaire équipée pour «seulement» six millions de francs. Quant aux besoins en personnel pour sept salles, ils se monteraient à un peu plus de dix EPT. De quoi cogiter lors de l’élaboration de la planification financière 2017–2021. Et bien au-delà.

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