Les mentalités changent

Celles et ceux qui ont l’occasion de passer beaucoup de temps en Suisse alémanique et plus particulièrement à l’est du pays, au-delà de ce qu’on peut appeler le «Reussgraben», ont pu se rendre compte d’une évolution des mentalités. Lentement mais sûrement. A la faveur de ce qu’il est convenu d’appeler la guerre des langues, non seulement la Suisse romande commence à exister, mais ses réactions, qui ont tout d’abord étonné, finissent par être prises au sérieux.

Pour le SER qui œuvre depuis plus de deux ans de manière active sur ce dossier, le récent sondage publié dans l’Hebdo et réalisé par l’Association Défense du français, est aussi surprenant qu’encourageant. Plus de neuf personnes sur dix estiment que l’apprentissage des langues à l’école constitue un enrichissement pour les élèves, alors que seuls 6% considèrent que c’est une surcharge. Plus des trois quarts des gens interrogés trouvent grave à très grave si l’anglais l’emporte face aux langues nationales, et ils sont autant à estimer que l’abandon du français en primaire dans certains cantons alémaniques porte atteinte à la cohésion nationale.

Mais ce qui est le plus étonnant, c’est le très grand nombre de jeunes qui défendent cette position. Leur proportion est même plus importante que celle de leurs aînés.

Pour le SER et ses combats, il est réconfortant de mesurer que les prises de position des enseignants sont en phase avec ce que pense la population. Les langues nationales sont ressenties comme prioritaires, l’anglais perd son aura, ne fascine plus, est relégué au rang de langue-outil et n’est pas considéré comme difficile à aborder. Cerise sur le gâteau: les gens interrogés sont 67% à penser que l’enseignement de l’allemand pratiqué à l’école ne permet pas aux élèves de pouvoir communiquer! Exactement le discours du SER. Il y a du boulot, comme nous le disons depuis longtemps, et ce d’autant plus que la moitié des sondés verraient d’un bon œil qu’on aborde le Schwitzertütsch en classe.

Il reste à faire comprendre à tous, enseignants compris, que l’allemand n’est pas une branche scolaire, mais un moyen de communication qui doit être développé comme tel et comme occasion de partager une culture que nos relations amour-haine avec nos compatriotes nous font souvent sous-estimer.

Les mentalités changent à l’est, il est temps de les secouer à l’ouest.

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