Les directives pourrissent l’école

Ce n’est pas nouveau, mais la tendance s’accélère dans bien des endroits: faute de pouvoir (ou de vouloir) intervenir là où il le faut, ou de s’impliquer dans une situation difficile, faute de pouvoir (ou de savoir) gérer les conflits au travail ou la contradiction, des responsables scolaires, à tous les niveaux, recourent à des directives arrosant tout le monde. Or le travail du terrain mérite mieux. Gérer un système éducatif par directives est nuisible.

Notre métier, qui oscille bien souvent entre profession libérale et fonction d’employé exécutant, se trouve écartelé entre ces deux extrêmes au gré des circonstances et des opportunités tant par l’employeur que par nousmêmes. Quand cela arrange les autorités, on nous renvoie à nos responsabilités et à notre «professionnalisme». Mais quand il est politiquement et administrativement correct d’aligner et de couvrir les troupes, on nous assène une directive sonnante et irrévocable. D’aucuns parmi nous en redemandent pour courageusement se mettre à l’abri plutôt qu’assumer. Attention, le bois dont sont faites les directives cache la forêt du mandat de l’enseignant, des objectifs de l’école, des lois sur l’instruction publique, des intentions de la Convention scolaire romande et des déclarations de la CIIP, ainsi que celle de la difficile mise en oeuvre du Plan d’études romand. Et les enseignants les mieux intentionnés se trouvent tiraillés entre l’exécution de leur mission, qui est le fondement même de leur existence professionnelle, et l’application de directives, dont le but vise à donner l’impression que la machine tourne. Si le système éducatif et son fonctionnement hiérarchique étaient basés sur une confiance placée dans les enseignants, comme en de vrais professionnels, la production d’indispensables directives en serait réduite à sa plus simple expression, puisque la prise de responsabilité et de risques mesurés serait totale et assumée par le corps enseignant. On n’en est pas là: dans la quasi-totalité des systèmes cantonaux, l’administration et la paperasse tiennent lieu de conscience professionnelle, et la liste des directives ne cesse de s’allonger. L’exercice du métier est d’une très grande complexité. Prétendre la gérer par des directives, c’est nier les compétences professionnelles et les marges de manoeuvre indispensables aux enseignants. L’école a besoin de confiance, les directives pourrissent l’école.

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