Le grand chambardement

Plus de cinquante ans après sa création dans les années 70, l’école secondaire neuchâteloise s’est lancée dans une réforme de grande envergure. La refonte de ce que l’on appelle maintenant le cycle 3 a demandé un effort conséquent à tous les acteurs de l’école. Sur mandat du Grand Conseil, l’IRDP a réalisé une analyse des premières conséquences de ce bouleversement.  

Les intentions étaient excellentes. Valoriser toutes et tous les élèves en renforçant leurs compétences, diminuer les redoublements, améliorer la motivation, favoriser l’orientation professionnelle des élèves et développer le travail des enseignant·es en équipes pédagogiques, les défis posés étaient conséquents. En remettant l’élève au centre de l’action éducative, l’école désirait dynamiser un système qui avait vieilli et ne correspondait plus aux réalités actuelles. Entre avancées... L’enquête menée par l'Institut de recherche et de documentation pédagogique a porté sur la première volée d’élèves ayant suivi l’entier des trois années selon la nouvelle formule. Elle relève des améliorations dans plusieurs domaines. Le système est devenu moins cloisonné grâce à l’abandon des filières. L’organisation en groupes à niveaux permet de mieux tenir compte des potentiels différents des adolescent·es. Des options professionnelles ont été introduites et des renforcements proposés en français et en mathématiques. Chez certain·es élèves, on a constaté une amélioration des résultats, une diminution du stress, une augmentation de la motivation. Le climat scolaire global semble en avoir bénéficié positivement. Chez les enseignant·es, on perçoit une meilleure collaboration et un travail en réseau plus développé. Il faut saluer ici l’énorme effort de formation et de mise en place fourni par les enseignant·es, ainsi qu’un travail impressionnant de gestion de la part des équipes de direction. Les autorités cantonales ont fait preuve d’un engagement réel pour la réussite de ce grand défi, en développant une intense réflexion réunissant tous les partenaires de l’école. … et incertitudes Toutefois, les difficultés inhérentes à un projet de cette ampleur sont aussi apparues. Le suivi des élèves dans des groupes fluctuant chaque jour est devenu plus difficile. La constitution des groupes ainsi que les passages d’un niveau à l’autre ne sont pas faciles à gérer de manière objective et équitable. Les critères d’évaluation sont sujets à discussion, comme la qualité parfois inégale des divers moyens d’enseignement. Les enseignant·es relèvent la nécessité de trouver plus de temps pour se former et digérer tous ces changements. Les directions signalent que la complexité du système en rend la gestion particulièrement délicate. Dans son rapport au Grand Conseil, le Conseil d’État affiche une claire volonté de faire vivre cette réforme en apportant les correctifs nécessaires. Un certain nombre d’ajustements ont déjà été effectués, et d’autres sont envisagés ces prochaines années. Mais en aura-t-on les moyens? En effet, la pression financière de la part du Grand Conseil reste intense. Le monde politique semble parfois s’être fixé d’autres priorités, oubliant qu’aucune réforme ne se réussit sans moyens suffisants, et que l’éducation ne constitue pas une dépense, mais un investissement. Perspectives... Le SAEN est persuadé qu’une réforme aussi ambitieuse ne peut se réussir qu’en travaillant en partenariat étroit avec les principaux acteurs du système, les enseignant ·es. Si vous êtes concerné·es par ces changements, votre avis nous intéresse et nous est utile: contactez-nous, et faites-nous part de vos remarques. Nous les transmettrons à nos autorités!

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