Le développement de l’individu

Il fait partie de l’ADN de toute enseignante et de tout enseignant, ce sentiment professionnellement ancré que dans tout individu il y a cette part de développement global, personnel, humain, complexe, général, qu’on ne peut et ne pourra jamais faire rentrer dans une grille horaire disciplinaire, ni assigner à du transmissif ou à une influence magistrale, aussi excellent et brillant que soit le professeur, le maître, fut-il philosophe éducatif.

L’école du XIXe siècle qui est encore la nôtre s’est construite sur la logique du plan d’études disciplinaire et de sa grille horaire. Malgré de très nombreuses tentatives d’organiser les activités éducatives de manière plus holistique, ce modèle copié de l’université et basé sur le transmissif a marqué d’un fer indélébile le fonctionnement de l’école publique à travers les âges. Cette idée que l’on ne peut faire grandir des individus et leur procurer le meilleur développement possible qu’au travers de branches scolaires a contaminé jusqu’à l’école enfantine qui heureusement s’est bien défendue et se défend encore. Mais dès qu’il s’agit d’être sérieux et efficace, on ne voit que les notes, les épreuves et donc les disciplines pour faire progresser l’enfant. Cette conviction profonde que le développement global de l’individu est beaucoup plus riche et complexe que sa simple conformité scolaire a suscité nombre de chantiers au sein même de notre association: de l’école active d’Adolphe Ferrière à l’Education nouvelle et au mouvement Freinet, en passant par les thèses d’Edouard Claparède et nos congrès de 1924 et de 1950, de nombreux collègues en Suisse romande n’ont cessé de réfléchir et d’inventer. C’est l’enfant et le jeune en formation qui est la première priorité et de la première importance, et pas les savoirs qu’on veut lui faire ingurgiter à tout prix. Des études sérieuses montrent que dans l’apprentissage des langues, le niveau de maîtrise est aussi bon pour des élèves dont les apprentissages ont commencé tard que pour d’autres qui ont commencé tôt. Est-ce qu’il n’y a pas là matière à réflexion sur l’organisation du travail scolaire entre les objectifs complexes de développement de l’individu et ceux plus simples et factuels d’acquisition de connaissances et de compétences disciplinaires? Et si l’école obligatoire était moins scolaire et plus généraliste? Si elle était plutôt d’abord une école de vie, de construction de soi-même et des compétences et connaissances nécessaires pour pouvoir progresser, grandir et se développer dans toutes les circonstances de la vie, les études exigeantes et les avenirs ambitieux?

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