L'appel du grand large

Les yeux grands ouverts, les cinéphiles romands n’auront d’autre choix que de les garder ainsi durant les frimas de novembre tant l’offre de films est pléthorique avec deux festivals phares et la sortie d’un film choc, La pirogue

Festival Tous Ecrans 18e!

Pour les 84 films en compétition, les 17 séries TV, les 16 séries web, les 25 films suisses, la dizaine de productions du Danemark, pays invité cette année, toutes les entrées seront libres! Fidèle à sa vocation, le FTE témoignera avec une passion décuplée des nouveaux codes narratifs induits par les nouveaux supports filmiques. Aux formats éprouvés des longs et courts métrages se joindront les webséries et les webdocumentaires interactifs, notamment l’oeuvre de la Canadienne Katarina Cizek, Out my window, exemple saisissant des apports du web dans la façon de partager et de voir le monde. Un programme spécifique est présenté aux écoles pour contribuer à l’effort de décryptage des images du monde. Le concours Pocket Films, qui a rassemblé plus de 50 films réalisés par des jeunes de 12 à 25 ans, dévoilera les lauréats le 4 novembre. www.tous-ecrans.com, à Genève du 2 au 8 novembre.

Filmar en América Latina, 14e!

Le Festival Filmar réussit année après année, malgré des moyens scandaleusement limités par rapport à d’autres festivals, à enchanter le public de l’effervescence impressionnante du cinéma dans cette partie du monde. Le public romand pourra jouir d’un panorama imprenable de la création actuelle dans plusieurs pays acquis au septième art, comme notamment l’Argentine (El Campo), le Chili (No, ovationné à la dernière Quinzaine des réalisateurs de Cannes), la Colombie (Playa DC), le Mexique (Un Mundo secreto) ou Cuba (Irremediablemente Juntos, une comédie musicale sur les clivages sociaux et culturels). Invité d’honneur, le Brésil aura la part du lion avec 24 films au programme, des reprises de films cultes,  

Une pirogue nommée espoir

Le sujet du troisième long métrage de Moussa Touré évoque trente candidats à l’exil qui partent dans une pirogue vers ce qu’ils croient être l’eldorado européen. Comme dans son précédent opus, TGV, qui avait fait un carton à sa sortie en Suisse en 1998, le cinéaste sénégalais confine ses personnages dans un même espace. Ces passagers à la recherche d’un horizon reflètent le kaléidoscope ethnique du Sénégal: les pieux Toucouleurs, les Wolofs plus hédonistes, les Peuls très soudés autour de leur chef. La caméra filme au plus près les visages comme pour mieux s’approcher de la vérité de chacun. Pour Moussa Touré, les visages ne mentent pas et dans le regard de chacun défilent l’espoir, la crainte, le désir de jours meilleurs. Pour les uns, l’horizon s’assimile à une carrière de footballeur ou de musicien; pour les autres, se soigner ou retrouver le mari. Si les actualités télévisuelles montrent furtivement quelques rescapés de ces expéditions périlleuses, cette fiction donne à voir et à ressentir de façon très réaliste et poignante ce périple parsemé de petits riens cocasses, d’élans d’amitié et de solidarité, de multiples épreuves parmi les plus ultimes. Percutant et indispensable.

 

L'accès aux documents est réservé aux abonnés.