L’inconfort doit changer de camp

Le harcèlement à l’école a occupé les enseignant·e·s des écoles obligatoires du Haut-Vallon le 27 mars, à l’enseigne de la cinquième journée de formation continue mise sur pied par l’équipe de direction de l’école primaire de Saint-Imier. Des intervenant·e·s externes (crèches, écoles à journée continue, médiateurs, médiatrices) étaient aussi convié·e·s à écouter les conférences de deux expertes du domaine, Caroline Dayer, docteur, chercheuse et formatrice genevoise, et Emmanuelle Piquet, psychopraticienne française.

Un·e enfant sur dix victime de harcèlement à l’école, disent les statistiques. Un·e sur dix à connaître la peur qui tenaille le ventre, la honte d’être mis·e à l’écart, la concentration qui fiche le camp. Et, trop souvent, à subir tout cela en silence. Et, parfois aussi, à subir tout cela très jeune, puisqu’à la crèche déjà, on observe des phénomènes de groupes et de pression à la conformité. Les deux intervenantes se sont attachées à donner des outils pour aider les professionnel ·le·s à détecter des drames qui se jouent parfois à très bas bruit, puis à les faire cesser, pour de bon. «L’enfant doit pouvoir compter sur l’adulte, explique Caroline Dayer. L’enseignant à un rôle énorme, il doit immédiatement réagir et dire stop, sans quoi les harceleurs sentent que la voie est libre. La cohésion entre adultes est déterminante, profs, infirmiers, parents, tous doivent donner des messages clairs, à ceux qui intimident, aux témoins, aux cibles.» Emmanuelle Piquet, dans son centre de consultation lyonnais, apprend aux enfants vulnérables à riposter seuls, parce que les interventions des adultes, médiateurs ou parents, peuvent être maladroites, voire carrément contre-productives: «L’inconfort doit changer de camp, dit-elle, la souffrance doit passer de la victime à son bourreau. Pour cela, il va falloir à notre "cible" beaucoup de courage, de la prise de risque, une bonne dose d’autodérision et une stratégie: ridiculiser le harceleur, devant ses témoins, parce que la popularité est LA valeur ultime du préau!» Mathias Kr.henbühl, directeur de l’école primaire de Saint-Imier, en appelle pour sa part à une meilleure formation des enseignant·e·s, face à une problématique que l’apparition des réseaux sociaux rend encore plus complexe et destructrice. Une journée de formation continue comme celle du 27 mars est bienvenue (et soutenue par Santé bernoise et la HEP), mais insuffisante. Lui entend instaurer un concept d’intervention au sein de son établissement dès cet été, et davantage de soutien aux enseignant·e·s de tout le canton est prévu dans le cadre de la révision de la loi sur l’école obligatoire, vers 2021. Mais Mathias Kr.henbühl en appelle surtout à l’introduction de la thématique dans la formation initiale des enseignant·e·s, qui se sentent parfois bien démuni·e·s.

 

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