Juste un petit peu de cohérence!

Dans sa dernière séance de l’année, le comité du SER, votre conférence des présidents cantonaux, a débattu, entre beaucoup d’autres sujets préoccupants, de la question de l’évaluation du travail des élèves, de la mesure et de la sélection, qui semblent se durcir et envahir l’espace vital professionnel au point d’étouffer bien des aspirations légitimes et des objectifs fondamentaux. Une réaction appropriée du SER semble même difficile à construire, tant le ton est au fatalisme et à la désespérance.

Le SER va s’y employer pourtant, puisque le poids des contradictions pèse d’autant plus lourd sur les épaules des enseignant-e-s que les choses ne sont pas claires. Les nouvelles lois cantonales, les instructions réglementaires, les nouveaux livrets scolaires semblent avoir verrouillé la pratique dans le sens d’une école sélective et normative. Comme professionnel- le-s, nous y contribuons même, en bons petits soldats, quand nous n’en redemandons pas davantage pour être sûr-e-s de bien faire! Or, ce qui, confusément parfois, nous met très mal à l’aise, c’est que ce durcissement de la pratique est en contradiction avec les objectifs déclarés, les bonnes intentions politiques, les efforts d’intégration et l’essence même de nos valeurs professionnelles nourries au principe de l’éducabilité.

Pour grandir et progresser, un enfant ou un jeune a besoin de s’essayer, de se planter, de se relever, d’évoluer. Toutes actions qui nécessitent une évaluation formative, des phases de progression, mais aussi de stagnation, voire même de régression. A l’heure de l’acceptation (enfin!) d’une logique de cycles scolaires en Suisse romande, hormis Genève, l’évaluation du travail des élèves dans plusieurs cantons semble n’avoir jamais été aussi immédiate, basée sur le court terme, sélective et conçue comme une fin en soi.

Les objectifs de l’école sont bons et généreux, les attentes politiques et sociétales le sont nettement moins, et certaines pratiques, comme une bonne partie du fonctionnement quotidien, ne le sont pas du tout. Est-ce qu’un Plan d’études aussi intelligemment construit et professionnel ne pourrait pas être mis en œuvre autrement que dans une pratique régressive et cadenassée? On voudrait juste un petit peu de cohérence!

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