J'éduque, donc je lis!

Jeffrey, D., Lachance, J., Le Breton, D, Sellami, M, Salem JH (2016). Jeunes et djihadisme. Les conversions interdites. Éd. Les Presses de l’Université Laval/Chronique sociale.

Plus de dix-mille jeunes occidentaux auraient répondu à l’appel des recruteurs de l’État islamique ces dernières années. En France, un quart des enrôlés sont mineurs. Comment expliquer ces adhésions à la version radicale de l’islam guerrier de Daech, d’une violence inouïe? La religion est certes un argument pour rejoindre les djihadistes, mais ce n’est pas le seul. Certains de ces jeunes ne sont d’ailleurs pas musulmans. L’intérêt de ce livre, très fouillé, est de chercher à comprendre les motivations profondes de ces filles ou garçons, qui s’engagent dans un combat haineux, au nom d’un islam réinventé, contre les mécréants du monde entier. Pourquoi ces fascinations désespérées pour la violence? Pour fuir des existences mornes et sans relief? Par amitié et loyauté avec des amis déjà radicalisés? Pour l’attrait d’une mort sacrificielle? Les auteurs insistent sur ces enjeux fondamentaux de la quête du sens.

 

Régis Debray (2016). Allons aux faits. Croyances historiques, réalités religieuses. Éd. Gallimard/France Culture.

L’auteur «inquiète» dans ce livre nombre de lieux communs. Ce qui n’est jamais plaisant quand nous nous berçons de mots. Mais les mots dont nous nous servons, pour ouvrir des boîtes noires explosives, nous trompent. Trop grossiers, ils nous font arpenter des terrains minés avec de gros sabots. Dans les domaines de l’histoire et de la religion, «mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur des hommes, et les à-peu-près se payent au prix du sang». En hommage au principe de précaution, pour aider chacun à garder la mesure, ce récapitulatif de Debray nous réveille en nous invitant à faire le point sur notre outillage langagier. Concernant la fable historique, il précise ce qu’est l’histoire des héros, du politique, des idées, de l’art. Et pour le fait religieux, il reprend nos termes les plus usuels. Que faut-il entendre par croyance, par sacré, par religion, par Dieu, par laïcité?  

 

Johann Heinrich Pestalozzi (1785-1787/2015). Léonard et Gertrude. Un livre pour le peuple. Troisième et quatrième parties. Le Mont-sur-Lausanne: LEP Loisirs et pédagogie.

Les admirateurs de Pestalozzi doivent le savoir: on dispose aujourd’hui de l’oeuvre complète en traduction française du roman qui lui valut une célébrité immédiate, Léonard et Gertrude. Un premier volume de cette collection a, en 2014, rassemblé les première (publiée en 1781) et deuxième (1783) parties. Ce livre offre les troisième (1785) et quatrième (1787) parties, dont un passage dans une traduction inédite. Ce roman a été modifié à trois reprises par Pestalozzi et couvre quarante ans de la carrière du pédagogue suisse. Chaque révision, souligne le Conseil scientifique dans la présentation de l’ouvrage, en marque des jalons décisifs et des ruptures, sans que ne soit jamais altéré ce fil rouge: par l’éducation, donner à chacun, et prioritairement aux plus démunis, les moyens de «se faire une oeuvre de soi-même». Une volonté qui a permis à Pestalozzi de construire un véritable humanisme pédagogique.  

 

Soniaz Revaz (2016). Les enquêtes PISA dans les systèmes scolaires valaisan et genevois. Accueil, impact et conséquences. Université de Genève. Cahiers de la Section des sciences de l’éducation, N˚ 138.

«Tous des cancres, sauf Valais et Fribourg», voilà résumés les résultats de la deuxième enquête PISA Suisse romande dans le Nouvelliste du 5 mai 2005. L’image de PISA véhiculée par les médias s’est souvent limitée à la présentation des moyennes des pays ou des cantons sous cette forme d’un classement où le podium avait plus de valeur que les détails des résultats. Ces moyennes, sorties de leurs contextes, ont véhiculé des informations tronquées, faussées, injustes. Ainsi cette image défavorable collée au canton de Genève, alors que ses différences avec le canton du Valais étaient surtout dues aux caractéristiques de leurs publics scolaires. L’auteure donne la parole aux professionnels, cherche à comprendre l’impact de PISA sur les pratiques et les systèmes scolaires de ces deux cantons. Cette rare observation politico-sociale montre une absence de consensus flagrante sur ces enquêtes.

 

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