Investir dans la petite enfance

Nous mesurons chaque jour à quel point la prime enfance est importante dans le cursus de formation d’un individu. Les mille premiers jours de la vie sont déterminants et les collègues des tout petits degrés repèrent déjà à l’évidence les enfants qui n’ont pas bénéficié de la possibilité de bien vivre leurs premiers apprentissages. Notre cycle 1, plus poétiquement appelé école enfantine et petits degrés, doit beaucoup faire pour pallier ces déficits quand il ne les aggrave pas, mais il ne peut pas tout.

La 3e Rencontre romande organisée par la Commission suisse pour l’Unesco s’est déroulée le 23 mai dernier sur le thème «Espaces d’apprentissages et développement du jeune enfant: quand l’éducation de la petite enfance et l’école se rencontrent», avec une très importante et très active brochette de professionnels de la petite enfance, mais une très faible représentation de l’école. La rencontre attendue n’a malheureusement pas vraiment eu lieu, et c’est regrettable vu la qualité de la journée et l’incontournable nécessité de rassembler les énergies de ce pays sur l’investissement le plus intelligent, le plus rentable, le plus indispensable qui pourrait être: les premiers apprentissages et les premières années d’école. Des économistes américains* ont calculé qu’un dollar investi dans le préscolaire et les petits degrés a un retour sur investissement jusqu’à 8 fois plus rentable en capital humain que les années de la deuxième moitié de la scolarité. Mais l’habitude, les contingences, la vision à court terme, et aussi nos propres valeurs hiérarchiques de l’école et du métier empêchent de le prendre en compte. Il y a aussi une formidable ignorance de ce que sont les premiers apprentissages, jusque dans les cerveaux d’enseignantes et d’enseignants les plus aguerris. A preuve certaines positions politiques de notables professeurs devenus des références en matière d’école ou autoproclamés comme tels. La formation des enseignantes et des enseignants de tous les ordres d’enseignement doit être incollable sur l’analyse et la mise en évidence des premiers apprentissages, et l’on ne doit plus engager dans l’enseignement des gens qui n’aient pas un bagage théorique avéré sur la question. L’information des parents et du public doit aussi être soignée. Et on ne peut à cet égard que saluer l’initiative de la direction de la formation du canton de Zurich qui a produit une quarantaine de petits films très courts montrant de jeunes enfants dans les apprentissages de la vie, agrémentés d’explications très claires et dans treize langues**. Ce type d’information est de nature à aider les pratiquants du «métier» de parents, le plus beau du monde, mais le seul pour lequel on n’a que la formation que l’on veut ou que l’on peut se donner. Qu’un département de l’instruction publique y contribue ne peut être que très encourageant. (Accessible aussi depuis le site du SER ou de l’Educateur.)

 

*Interpreting the Evidence on Life Cycle Skill Formation, Cunha et al. 2005

** www.kinder-4.ch/fr/filme_themen

 

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