Hommage à Jean Cardinet

Jean Cardinet est décédé récemment ainsi qu’il aura vécu toute sa vie. Discrètement. La modestie aura toujours caractérisé l’action du chercheur exigeant et de qualité qu’il fut. L’homme au complet gris-bleu clair était d’origine parisienne. A l’issue de ses études de philosophie et de psychologie à la Sorbonne et à l’Université de Chicago, c’est en Suisse romande que Jean Cardinet exerça durablement ses talents, à l’Institut de psychologie de l’Université de Neuchâtel d’abord, en tant que professeur en psychologie du travail, unité universitaire hautement reconnue, puis, en un deuxième temps, dans le champ de la recherche en éducation, pour le compte des huit cantons latins. C’est ainsi qu’en 1971, peu après la fondation de l’Institut de recherche et de documentation pédagogique (IRDP), à Neuchâtel, Institut chargé de l’évaluation des systèmes éducatifs de Suisse romande, et de leurs méthodes, il fonda le Service de recherche de l’Institut, qu’il dirigea pendant dix-neuf ans, jusqu’au moment de sa retraite. A ce titre, il forma de nombreux chercheurs suisses et étrangers. Parallèlement, il mit l’Institut en contact avec plusieurs universités françaises, belges, canadiennes et américaines. De partout, on venait prendre conseil auprès de Jean Cardinet, et singulièrement pour ses travaux relatifs à la théorie de la «généralisabilité», modèle statistique ayant pour but d’évaluer la fiabilité d’un dispositif d’évaluation ou de mesure, travaux qu’il mena toute sa vie, dès ses années américaines auprès du professeur L.J. Cronbach jusqu’à la veille de son décès. Pour la reconnaissance de ses recherches, dans le domaine de l’évaluation notamment, plusieurs universités (Genève, Montréal, Louvain-La-Neuve) lui décernèrent le titre de docteur honoris causa. Le Prix Peter-Hans Frey lui fut également attribué en 1990. A sa retraite, en 1990, Jean Cardinet poursuivit ses recherches scientifiques et, parallèlement, se mit à la recherche de ses origines. Cette quête inlassable mit le couple Cardinet-Richard sur les chemins de leurs familles, ainsi que des administrations communales les plus reculées de France, Hommage à Jean Cardinet d’Europe et d’Amérique aussi. Un arbre généalogique impressionnant émergea de cette quête d’origines dont le couple parlait avec abondance, en illustrant ainsi les époques successives séculaires de leurs aînés. Avec Arlette, son épouse, devenue de son côté professeure de pédagogie particulièrement estimée dans la formation des enseignants, aux Ecoles normales de Delémont, puis de Neuchâtel, Jean Cardinet a fondé une famille forte, regroupée et tout particulièrement vivante, enrichie encore de la naissance d’une arrière–petite-fille, au début de cet été, famille dont il prit congé avec chacun de ses membres, avant de s’éteindre, à 89 ans, le 11 août 2015, à Neuchâtel. Jean Cardinet fut acteur et pionnier de la psychologie du travail et de l’évaluation dans les systèmes éducatifs romands, suisses, européens et américains. Une personnalité de rare qualité, élégante, curieuse et discrète s’en est allée. Jean Cardinet représente avec bonheur ce mariage rare du savoir, de la serviabilité et de la modestie. Jacques-André Tschoumy, Neuchâtel, et Jacques Weiss, Bevaix (NE), anciens et successifs directeurs de l’IRDP à Neuchâtel

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