Grève: essai transformé?

La grève est un événement tellement rare dans la culture des enseignants neuchâtelois que 90% des grévistes l’auront faite pour la première fois de leur vie. Et puis, l’écrasante majorité des participants n’y a pas défendu ses intérêts matériels — aucune menace pour eux de ce côté-là — mais la dignité de la profession et la qualité de l’école. Atypique… 

Neuchâtel a déjà l’école la moins chère du pays; quelle mouche a donc piqué les politiciens pour vouloir réduire davantage encore ses moyens? Cette pratique incitera les jeunes à entamer et poursuivre leur carrière dans un autre canton, privant Neuchâtel des forces vives indispensables à son redressement. Dans un message au gouvernement, des formateurs de la HEP BEJUNE rappellent ainsi que «l’investissement dans l’éducation et la valorisation des professions éducatives n’existent que sur le long terme. Établir une éducation de haut niveau prend des décennies; la défaire ne prend que quelques années.»

Moment de vérité?

Après les péripéties du vote du 2 novembre et la mobilisation de nombreux membres, le SAEN a pris toutes ses précautions en vue de la seconde étape: le dépôt d’un préavis de grève pour le 24 novembre, reconductible le lendemain. Une assemblée extraordinaire a été organisée moins d’une semaine après l’arrêt de travail initial. Une forte participation a été saluée à cette occasion, reflétant l’intensité de l’indignation de la profession à l’égard des intentions d’un Conseil d’État emmuré dans son entêtement.

Après un premier bilan de la mobilisation, l’assemblée s’est prononcée à la quasi unanimité* en faveur du dépôt d'un préavis de grève pour le 24 novembre. C’est donc un front syndical uni qui se dressera face au gouvernement.

Fidèle à ses principes, tout en marquant sa détermination, l’assemblée du SAEN a rappelé vouloir privilégier le dialogue. Au cours des dernières semaines, les responsables du syndicat n’ont cessé de travailler à la mise en place d’une solution de sortie de crise respectueuse des divers partenaires pour le bien de l’école neuchâteloise.

Les 24 et 25 novembre auront-ils marqué plus profondément encore l’échec du gouvernement, dans son ensemble? Ou les enseignants auront-ils pu travailler dans leur classe? Nous l’ignorons évidemment en écrivant ces lignes. Prenons le pari que les partenaires auront regagné la table de négociation pour dessiner ensemble l’avenir de notre canton. Sinon...

* une abstention +41

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