Gardez-nous des ingénieurs de l’éducation!

HarmoS a 12 ans et le plébiscite (86%!) a abondamment servi à justifier une gerbe de projets parfois sans aucun rapport avec les articles constitutionnels acceptés en mai 2006. Dans la foulée, le chantier du Plan d’études romand s’est achevé pile quatre ans plus tard… Alors, tout baigne?

 

Certains tirent complaisamment sur les «pédagogistes» supposés avoir dévoyé l’école. Ils ont tort, car nos problèmes ont bien d’autres origines. La tâche de l’enseignant-e s’est fortement complexifiée depuis que d’autres «spécialistes » se sont chargés de définir les priorités et d’imposer le calendrier. Ces experts n’ont généralement aucune notion de la réalité des classes; dans le meilleur des cas, ils s’appuient sur une expérience fugace remontant au début de leur carrière. Ces gens-là n’ont rien à voir avec de vrais pédagogues, ce sont des ingénieurs de l’éducation.

Malheureusement, ils tiennent les rênes de l’école. Depuis leurs bureaux, ils analysent les méthodes, les moyens d’enseignement, les résultats collectés pour en tirer des injonctions présentées comme de bonnes pratiques. À leurs yeux, l’enseignement (et même l’éducation) est assimilé à une science.

L’enseignement n’est pas une histoire dont on est le héros...

... où l’on suit un itinéraire prédéterminé par les réponses à des questions (des observations dans notre cas). C’est toute la différence entre un vrai pédagogue et un expert en éducation, fut-il docteur. L’enseignement n’a rien d’une science. Pour l’essentiel, le facteur humain est déterminant. Je me souviens que ma meilleure année d’école était une sixième de l’époque1, rassemblant des élèves qui n’avaient pas réussi à entrer en secondaire après leurs cinq années d’école primaire. C’est à coup sûr l’année où l’on a le moins suivi le programme. On y a par contre fait davantage d’expression que durant tout le reste de notre scolarité. On a enquêté, rencontré des gens intéressants (des artistes, notamment), joué au foot et contribué à la restauration du Grand-Cachot. Je ne l’ai compris que bien plus tard, mais l’enseignant s’était arrangé pour que chaque élève soit valorisé d’une façon ou d’une autre. Et ça a marché!

Sous l’impulsion d’ingénieurs de l’éducation, notre canton a installé en urgence une réforme de l’école secondaire. Or, depuis 1990 (!) et jusqu’en 2008, trois groupes de travail animés par des praticiens neuchâtelois ont consacré beaucoup de temps et d’énergie pour que la section préprofessionnelle soit digne de son nom. En ville de La Chaux-de-Fonds, une vaste expérience pédagogique a été conduite durant près de dix ans… avec succès!

Pourtant, séduits par les promesses d’un système à profils multiples, autorités et politiciens ont mis en place la structure actuelle devant permettre à chaque élève d’exploiter au mieux ses capacités. Faute de moyens – mais pas seulement –, si ça fonctionne probablement avec les meilleurs, la dynamique est cruellement en panne pour les autres. L’école a choisi de privilégier les savoirs scolaires, les disciplines, la théorie; sur le papier, c’est magnifique, mais il y a hélas une forte cohorte qui n’y adhère pas. Pour ces élèveslà, la classe était un lieu de vie. Nous ferions bien d’entendre le message que leur révolte délivre. Il est urgent de réanimer le cycle 3!

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