Génération Charlie

«Je suis Charlie», c’est ce slogan qui a servi de porte-drapeau à une réplique sensiblement unanime dans l’émotion qu’a suscitée l’assassinat des collaborateurs de Charlie Hebdo. Belle réponse qui mobilisait même des gens que le journal avait froissés, choqués voire indisposés fortement. Plus touchant encore, une réaction forte de beaucoup de jeunes avec ce cri des tripes péremptoire et crucial: «On n’a pas peur.»

Al’heure du réveil qui suit ce massacre absurde, cette affirmation résolue mérite d’être encouragée, amplifiée, multipliée, proclamée haut et fort: «On n’a pas peur.» Enfin une réaction contre cette angoisse paralysante qui nous fait baisser la tête lorsqu’il y a danger, rentrer les épaules pour nous mettre à l’abri, penser correct pour ne pas faire tache, devenir transparent pour nous réfugier vers le risque zéro. Tout cela au prix de gommer encore et encore notre humanité.

Serait-ce que ces jeunes ont tout à coup conscience, mieux que leurs aînés, que la peur est un obstacle à la coopération, à la création, à la paix, au vivre ensemble? Serait-ce qu’ils préfèrent obstinément une liberté périlleuse à une sécurité servile? Le pire des risques c’est de ne pas en prendre*, «On n’a pas peur!», c’est la Génération Charlie qui parle.

Lorsque dans un pays normalement civilisé, une équipe d’un journal satirique est purement et simplement exécutée, c’est que les valeurs humaines prétendument défendues par tous ont cédé à la trouille et que nous sommes gravement coupables de «Trahison des Lumières»**.

La haine, la bêtise, l’inculture, la brutalité inhumaine, la violence aveugle, l’obscurantisme religieux, l’extrémisme ont des antidotes absolus: les valeurs de l’humain, l’éducation et la culture. L’école est au premier rang de ce ministère thérapeutique de tous les jours et sa mission éducative est une responsabilité fondamentale qui doit absolument être reconnue, valorisée, portée et financée par la société.

Le SER en est persuadé, qui prône avec opiniâtreté une école humaniste et l’éducation contre la haine et la bêtise. Le massacre de Charlie Hebdo doit motiver les enseignantes et les enseignants à investir sans peur leur action éducative, contre les dogmatismes, les nostalgies et les populismes de tous ordres, pour offrir au monde une nouvelle Génération Charlie.

 

* Jacques Gaillot

** Titre d’un livre de Jean-Claude Guillebaud

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