Et si l’on refaisait confiance aux enseignants?

En octobre dernier, le mensuel valaisan "Résonances" proposait des suggestions autour de l’hypothèse «Et si… l’école?». À l’heure où l’école vaudoise est au centre des débats, il est assurément temps de refaire confiance aux professionnels, pour le bien des élèves, de l’école et des enseignants.

Le mois dernier, la rédactrice en chef de la revue de l’école valaisanne "Résonances"*, Nadia Revaz, avait invité des spécialistes du monde scolaire à s’exprimer sur une autre école. En utilisant la délicieuse expression «Et si», il en est ressorti des suggestions liées notamment à la pédagogie (Et si l’école encourageait les élèves à coopérer entre eux? Et si l’école pouvait être un lieu d’apprentissage pour tous nos élèves?), à la philosophie (Et si l’école n’existait plus? Et si l’école était?), à la psychologie (Et si l’on insufflait la confiance en soi à l’école?). La revue annonçait qu’il y aurait indubitablement des propositions manquantes.

C’est pour cette raison que dans le contexte scolaire vaudois actuel, une association professionnelle comme la SPV ne pouvait rater l’occasion – d’autant plus après avoir remis l’école au milieu du village – de remettre les enseignants eux-mêmes au milieu de l’école.

Pour repenser une autre école dans la continuité de la réflexion valaisanne, il est donc de bon ton de poser cette question: Et si on refaisait confiance aux enseignants?

En cette période tumultueuse pour l’école vaudoise, plusieurs personnalités politiques ou du monde professionnel s’approprient – ou interprètent – les pétitions et les lettres ouvertes d’enseignants. C’est la bouche en cœur que ces personnes appellent à écouter le terrain, soit les enseignants. Mais pour les écouter vraiment, ne faudrait-il pas d’abord leur faire confiance? De surcroît, cette relation de confiance doit se faire à tous les niveaux: direction, département, parents, monde professionnel.

Aujourd’hui, les enseignants prennent malheureusement trop de temps et d’énergie à devoir justifier le moindre acte pédagogique. Pourquoi ai-je fait ce test? Pourquoi ai-je mis cette note? Pourquoi ai-je donné cette punition? Pourquoi ai-je décidé de travailler ce thème? Les collègues ont donc moins de temps à consacrer au cœur de leur métier: enseigner et développer des activités pédagogiques. Et à cela, il faut évidemment rajouter le temps pour penser et mettre en place à la différenciation afin que tous les élèves puissent trouver du sens à leurs apprentissages. Ah oui, n’oublions pas le temps consacré à justifier les 4 francs 25 dépensés pour l’achat de farine!

Au cours des prochains mois, des propositions de modification pour affiner la loi sur l’enseignement obligatoire seront avancées. Mais, parmi tous les changements imaginables pour améliorer notamment le suivi des élèves, la maîtrise de classe ou encore pour simplifier l’organisation du secondaire, voici celui qui aura un impact bénéfique immédiat: refaire confiance aux enseignants. Et par chance, celui-ci ne coûte pas un centime.

Ainsi, la SPV invite toutes les personnalités qui ont pris le parti de mettre l’école au cœur du débat politique d’intégrer ce paramètre dans leur réflexion: pour vouloir écouter les enseignants, il faudra d’abord leur refaire confiance.

 

* www.resonances-vs.ch/index.php/numenrichis/ 223-octobre-2016-et-si-l-ecole

L'accès aux documents est réservé aux abonnés.