Dis Papa, ça coûte combien l’éducation?

L’arrêt du Tribunal fédéral du 7 décembre 2017 au sujet de la gratuité de l’école n’en finit pas de faire des vagues… Si certaines voix s’élèvent et réclament une stricte application de cet arrêt, avec notamment la disparition des écolages ou autres frais liés à l’organisation de sorties sportives scolaires, d’autres voix dénoncent cette décision et mettent en garde contre une école à deux vitesses.

Dans notre cher canton alpin, les négociations entre les communes et l’État au sujet de la répartition des charges ont encaissé une onde de choc relativement violente dont la portée est encore difficile à évaluer. Les communes subissant un accroissement des charges, il n’est pas certain qu’elles soient en mesure d’augmenter de manière substantielle les moyens financiers attribués aux écoles. De son côté, le canton, faisant face à des charges toujours plus élevées en raison notamment d’une démographie en constante croissance, ne pourra sans doute pas subvenir à toutes les demandes de financement. 

Dès lors, le monde de l’éducation retient son souffle! Que va-t-il se passer si ni l’État ni les communes ne parviennent à financer intégralement les activités pédagogiques, sportives et éducatives qu’offrent les écoles? Le risque d’assister à un appauvrissement de l’offre et à un amaigrissement sans précédent de la gamme des activités est bien réel. L’acquisition de certaines compétences que l’école se chargeait de développer risque de ne plus être possible. Que vont devenir les différents camps de sport et autres activités sortant du cadre hebdomadaire traditionnel, permettant de développer des connaissances et compétences sociales, sportives et culturelles?

Même si pour le moment le statu quo est de mise et qu’une analyse fine est en court, le risque de voir apparaître une école à deux vitesses est réel! Que va-t-il se passer dans les communes moins aisées? Peut-on réellement imaginer que d’une commune à l’autre, les offres ne soient pas les mêmes et qu’il suffise de parcourir quelques kilomètres pour offrir à son enfant de plus amples possibilités? 

Nous n’en sommes assurément pas encore là, mais en considérant certaines velléités, certaines demandes pour de nouvelles écoles privées ou encore pétitions, il convient de rester méfiant. 

Nous, enseignants, devons plus que jamais être attentifs à l’évolution de ce dossier. Une partie de notre mission consiste à offrir aux élèves un panel varié d’activités et la possibilité de développer des compétences en dehors de la stricte salle de classe. Notre mission serait donc grandement et gravement altérée si nous nous retrouvions amputés d’une partie du financement. 

Pour conclure, je citerai les propos de Beat Vonlanthen, conseiller aux États fribourgeois, dans une interpellation, propos qui résument parfaitement l’avis développé dans ce texte: 

«Si la large interprétation du principe de la gratuité à laquelle le Tribunal fédéral a procédé semble de prime abord positive pour les parents, elle n’en risque pas moins d’entraîner des coupes significatives dans les activités organisées dans le cadre de l’enseignement obligatoire.»

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