Des gens formidables

En bon enseignant1 / Neuchâtelois / enfant gâté / vieux grincheux (biffer ce qui ne convient pas), on passe une partie non négligeable de notre temps à râler. Cela nous conduit à mésestimer l’importance — qualitative et quantitative — des gens «bien» oeuvrant dans l’enseignement neuchâtelois. Jamais récompensés, rarement promus ou reconnus, seule leur obstination idéaliste permet à notre école de bénéficier de leur vitalité. Pour combien de temps encore?

Leur apport ne tient pas à leur position hiérarchique. Tel concierge a su établir une relation de complicité avec les ados de son collège, dont les murs défient dès lors allégrement les années quand d’autres lieux sont perpétuellement agressés, sans compter — et c’est pourtant primordial — l’atmosphère empreinte de respect qui imprègne tous ses locataires… Ça n’a l’air de rien, mais ce «simple» savoir-vivre fait rapidement réaliser des centaines de milliers de francs d’économie à nos collectivités. À l’autre bout de l’échelle salariale, une conseillère d’État fait sincèrement tout ce qu’elle peut pour défendre l’école de notre canton avec les maigres moyens qu’on lui accorde. Quelque part entre-deux, il y a tous ces enseignants consacrant une part importante de leur temps libre pour aider des élèves en difficulté, sans compter leurs heures, que ce soit en fin de journée ou durant la pause de midi. Ceux aussi qui ont détecté des aptitudes particulières chez certains enfants qui leur sont confiés et qui les aident à les exploiter, par exemple en préparant un dossier d’entrée dans une formation exigeante. Ceux encore qui animent des activités plus sociales que scolaires à des moments peu compatibles avec les horaires des classes. Bref, syndicalement, toute sorte de «gâche-métier»… mais qui font l’honneur de notre profession! Dans les services, les bureaux aussi, il y a plein de gens formidables, qui ne ménagent pas leur énergie au service de notre école. Et pourtant… Comment se fait-il alors que se manifestent dans nos rangs un pessimisme, une fatalité, une résignation, voire un écoeurement rampants? Il n’y a malheureusement pas besoin de chercher bien loin. Tout ceci est induit (on peut même dire imposé) par la classe politique. C’est un trait de caractère très peu «classieux» d’ailleurs, transcendant l’appartenance partisane. Hélas, ce cancer se répand dans tous les partis — à des doses certes variables — et n’a aucune peine à constituer une majorité confortable au parlement. Il lui suffit d’instituer en dogme la baisse de la pression fiscale, le moins d’impôts, dont profiteront bien sûr en priorité les classes sociales aisées pour rendre infiniment plus difficile l’exercice de toute fonction publique et l’école ne fait malheureusement plus exception! Ces magnifiques politiciens si soucieux de l’avenir de l’État (en réalité, davantage du leur ou de leurs mandants et lobbies) feront tous, sans exception, des discours soulignant l’importance de l’école et de la formation dans un canton sans autre matière première, mais dans le même temps, ils s’arrangeront pour les priver des moyens indispensables à leur fonctionnement… sauf à épuiser les enseignants! Ras-le-bol Que faire pour que cela change? C’est pourtant simple. Refuser! S’engager dans les partis et les faire évoluer de l’intérieur ou participer activement au syndicat. Les mois à venir présentent des opportunités. La principale est les élections cantonales du printemps 2017. Si tous ces gens formidables refusent de se résigner, à l’image des indignés chers à Stéphane Essel ou des mouvements qui en ont été inspirés en Espagne, par exemple, alors on peut renverser la logique diabolique des politiciens actuels! Vous êtes formidable!… si, si!

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