Derrière l’écran de fumée

Le Conseil d’État a déposé SCORE, son projet de loi sur le système de rémunération à l’État de Genève. Les enseignants primaires garderaient les mêmes salaires, les maitres de disciplines artistiques et sportives verraient une amélioration substantielle. Alors, pourquoi s’opposer au projet?

Plusieurs éléments incitent à la méfiance. Premièrement, l’entreprise mandatée par le Conseil d’État a travaillé trois ans avec les services du canton, sans concertation avec les syndicats. Lors d’une précédente tentative de refonte du système de rémunération, le Conseil d’État avait vu son projet capoter, parce que le Cartel avait mis en évidence ses incohérences. Pour éviter un nouvel échec, le Conseil d’État a cette fois verrouillé l’information. Après avoir demandé durant trois ans, le Cartel a obtenu des informations partielles sur le processus pour aboutir au nouveau système de rémunération. Le constat est que sous couvert de scientificité, la méthode laisse une large part à l’arbitraire. Par exemple, quelles que soient les évaluations des fonctions, un enseignant primaire ne gagnera pas plus qu’un collègue du cycle, parce que c’est «dans l’ordre des choses». Autre exemple, et comme «par hasard», le 14e salaire des cadres est intégré à l’évaluation de leur fonction, alors que ce bonus a récemment été supprimé par le parlement. La conversion politique de l’analyse des fonctions n’a rien de scientifique; elle reste donc hautement contestable. Le Cartel a analysé tout le processus et demandé des correctifs. Le Conseil d’État a jugé ces demandes extravagantes, nécessitant de reprendre tout le travail d’évaluation des fonctions et a donc refusé d’entrer en matière. À ce jour, les partenaires sociaux n’ont toujours pas l’explication complète de l’évaluation des fonctions aboutissant à ce système peu équitable. Deuxièmement, des éléments essentiels, dont la grille des salaires, figureront dans des règlements non encore rédigés. Cela contraint les députés à voter la loi sans connaitre l’ensemble du système. De plus, cela donne pleins pouvoirs au Conseil d’État sur les questions salariales, qui échappent à tout contrôle démocratique, les changements de règlements étant de la compétence des conseillers d’État. Par exemple, le Conseil d’État pourrait décider de baisser les salaires des enseignants primaires si la formation est diminuée d’une année, sans en référer au Grand Conseil.

Troisièmement, s’opposer à ce projet est faire preuve de solidarité syndicale: certaines fonctions perdent beaucoup de salaire à l’engagement, par exemple les informaticiens et les comptables. Rappelons qu’à ce projet de loi vient s’ajouter le dossier sur la caisse de pension, où le Conseil d’État laisse entendre qu’il investit des milliards. Or, ce sont les employés qui vont payer cet investissement par une hausse des cotisations et le désengagement de l’État dans la caisse. La capitalisation de la caisse est conditionnée au passage à la primauté de cotisation reportant les risques des placements sur les assurés et non plus sur l’État.

Mobilisons-nous donc contre ces deux projets de loi, pour une fonction publique attrayante et des conditions salariales dignes pour tous; ce sont nos salaires réels et différés qui sont en jeu. 

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