De l’obsolescence des diplômes

Chaque année, une feuille de marronnier est attribuée à la personnalité genevoise ayant réalisé la plus belle Genferei. Sans nul doute, le Département de l’instruction publique aurait pu concourir cette année pour le concept d’obsolescence des niveaux B2 en langues nationale et étrangère.

 

Trois collègues n’ont pas été engagés cette rentrée parce que leurs niveaux B2 en anglais et en allemand étaient trop anciens. Telle la date de péremption sur les produits alimentaires, les niveaux sont considérés comme valables durant une période très courte. Une collègue a démissionné pour enseigner dans un autre canton et veut réintégrer l’enseignement genevois; elle ne pourra le faire que si elle repasse des examens en allemand et en anglais pour l’obtention de B2 récents dans les deux langues. Une autre collègue a enseigné plusieurs années dans l’enseignement spécialisé et ne peut pas trouver de place dans l’enseignement régulier, à moins de faire la preuve qu’elle a les niveaux et une formation en didactique dans les langues cibles. C’est une mission quasiment impossible pour l’anglais, puisque la didactique en anglais est enseignée dans le cadre d’un programme d’étude et non comme cours en tant que tel. Le pire est que l’enseignement primaire genevois est le seul à avoir cette exigence à l’engagement. Nulle part ailleurs en Suisse, les niveaux atteints ne perdent de leur valeur avec le temps. Cela constitue une inégalité de traitement par rapport aux autres enseignants suisses et par rapport aux collègues du secondaire genevois, à qui on ne demande pas de refaire leurs niveaux dans les langues qu’ils enseignent sous prétexte qu’ils datent. Cette problématique renvoie à la question de la mobilité des enseignants primaires. Certaines personnes sont heureuses de pouvoir rester dans leur classe toute leur carrière. On ne peut qu’admirer leur enthousiasme au travail se renouvelant année après année. Mais d’autres collègues ont besoin de se relancer dans l’exercice de leur profession en bougeant. Certains s’occupent des élèves en difficulté durant quelques années, d’autres changent d’école, de cycle ou de secteur d’enseignement, passant de l’enseignement spécialisé à l’enseignement régulier ou le contraire. Ces changements sont vus plutôt d’un bon oeil par la Direction générale. Mais force est de constater que l’obsolescence des niveaux de langues nationale et étrangère vient limiter la mobilité pour ne pas dire qu’elle l’empêche carrément! La SPG a toujours oeuvré pour que la mobilité reste possible dans une profession où l’on peut se sentir vite prisonnier de sa classe. De plus, les mouvements permettent des échanges d’expérience entre les collègues. Par exemple, les passages entre enseignements spécialisé et régulier sont intéressants au moment où l’école inclusive se développe. La SPG a interpellé la Direction générale pour que cette règle soit repensée. Notre suggestion est que les collègues dont les connaissances en anglais ou en allemand sont jugées trop anciennes puissent suivre de la formation continue en emploi pour réactiver leurs compétences, mais ne soient pas empêchés d’avoir une classe ou de changer de cycle ou de secteur d’enseignement. Le dossier sera à l’ordre du jour de nos séances avec la DGEO, en espérant une évolution positive.

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