Désertion de l’école publique?

Jean-Claude Crevoisier, ancien président du Conseil scolaire jurassien, a réagi à un article paru dans la presse locale relatif aux scolarisations à domicile d’une poignée d’enfants dans le Jura. Son excellente tribune n’a pas été publiée dans le journal en question. Nous réparons cet oubli en la diffusant ci-dessous. Un soutien à l’école publique qu’il ne fallait pas manquer.

 

Un article du Quotidien jurassien du 14 janvier 2017 titrait «Les enfants jurassiens toujours plus nombreux à déserter l’école publique». Une telle affirmation pourrait inquiéter si on oubliait de placer le phénomène dans son contexte. 

La vérité des chiffres

L’article qui suit ce titre un peu accrocheur commence par rapporter que «Dans le Jura, 21 familles n’envoient pas leurs enfants à l’école publique». Pour ajouter à la dramatisation de la situation, il est indiqué que «C’est trois fois plus qu’il y a 5 ans». Ah oui !!!!

Voyons les choses de plus près. L’école jurassienne accueille actuellement 5902 élèves au niveau primaire et 2187 au niveau secondaire I, soit un total de 8089 élèves. Les vingt-et-une familles citées ci-dessus assurent la scolarisation de vingt-neuf élèves. Cela représente environ 0,36% de l’effectif total des enfants en âge scolaire. Et, avec les chiffres cités plus haut, la croissance du nombre d’évadés de l’école publique a été de moins de 0,05% par année. À ce rythme, s’il se maintenait, on ne devrait atteindre dans treize ans qu’un pourcent (1%) d’élèves scolarisés à la maison!

Ce n’est donc pas demain qu’on pourra fermer des classes suite à un repli massif des élèves dans le cocon familial et faire ipso facto des économies sensibles dans le budget de l’enseignement public jurassien.  

L’école en question

L’article cité ci-dessus présente notamment une famille qui déclare avoir fait le choix de scolariser à domicile ses deux enfants (aujourd’hui âgés de quatre ans et d’une année et demie). L’argumentation des parents, ils l’avouent même, tient toutefois plus ici à leur mauvaise expérience personnelle lors de leur scolarité qu’à une réflexion pédagogique approfondie. Jugez-en, ils déclarent tout de go que «L’école est un acte de violence». Le père ajoute ne pas vouloir que son fils et sa fille soient «obligés de rester assis et de se taire dans un lieu enfermé». Plus loin, il assène «Une école, c’est comme une prison» et il souhaite par conséquent que ses «enfants soient le plus libres possible». Disons-lui bonne chance et passons!

À défaut d’autres exemples un peu moins caricaturaux et surtout de chiffres plus convaincants, on se demande ce qui permet d’affirmer que «le modèle de l’éducation à domicile séduit toujours davantage dans le Jura». On demande à voir. Q

ue le système scolaire public actuel puisse être soumis à évaluation et même à critiques fondées, d’accord. Également d’accord de prendre en compte le ressenti des parents voire leurs phobies ou leurs traumatismes dus à des scolarités mal vécues. Encore faudrait-il que cette subjectivité soit relativisée de façon que quelques cas d’espèce isolés ne déterminent pas la règle.

D’ailleurs, vous connaissez beaucoup de mamans ou de papas qui pourraient s’affranchir facilement des bêtes contraintes d’un budget familial? Et qui, en plus, posséderaient les compétences pédagogiques leur permettant de relever le défi de la concurrence à l’école publique? En posant ainsi la question, on peut prédire que le modèle de formation dispensé exclusivement à domicile par les parents restera encore longtemps marginal. Malgré ses éventuelles qualités, qui restent cependant à démontrer.

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