Cinéma debout

 

 

 

 

 

 

> Résilience en mode fantaisie

Sa première rencontre avec l’épicière de Monplaisir fut un choc. Commence alors pour le trentenaire pas très sûr de lui, Vincent Machot (Kyan Khojandi, humoriste de la série TV Bref), une filature pour en savoir un peu plus sur cette quinqua qui l’intrigue. Lui, dont la vie terne de coiffeur dans ce salon provincial est sans histoire, sinon avec sa maboule de mère, va reprendre peu à peu goût à la vie en tentant de percer le mystère de cette femme solitaire (Noémie Lvovsky). Inspiré du roman graphique du même nom, signé Camille Jourdy (Actes Sud), ce premier film de Julien Rappeneau déroule avec un art consommé du suspense un jeu de pistes des plus désopilants dans la belle ville de Nevers. Vincent file Rosalie qui, à son tour, le fait prendre en filature par sa nièce, Aude (Alice Isaaz, lumineuse), un coeur d’une vingtaine d’années mais déjà bien secoué. Chacun pimente la vie de l’autre avec des scènes cocasses, tout droit tirées d’un récit fantastique. Mais Julien Rappeneau aime le mélange les genres et les pirouettes scénaristiques. L’accolement de ces trois enfants de Dame Solitude ne se produit pas sans heurt ni saignement (surtout du nez!). Ce conte réaliste distille une mélancolie joyeuse, qui fredonne longtemps en soi après l’ultime image qui révèle le pourquoi du comment du choc initial. «Rosalie Blum» de Julien Rappeneau, 2016, France, 1h35. Actuellement au cinéma.

 

> Résistance en mode farce

Sorti en février dernier, le brûlot ch’ti Merci patron! ne s’attendait pas à atteindre le score phénoménal de 500’000 entrées en France. Le public helvète devrait vibrer à son tour à cette histoire de petites gens raillant l’arrogance des tout-puissants. À gauche donc, François Ruffin, et à droite, Bernard Arnault. Le premier, directeur de Fakir, trimestriel «fâché avec tout le monde ou presque», est le scénariste-réalisateur promoteur agitprop en chef de cette satire sociale. Quant au second, ce n’est que l’entrepreneur le plus riche de France, propriétaire entre autres de Dior et LVMH, qui n’hésitera pas à mettre sur le carreau des milliers d’ouvriers de Picardie en délocalisant leurs activités en Pologne. François Ruffin, en digne Robin des bois, s’est payé Bernard Arnault, symboliquement mais aussi en plusieurs dizaines de milliers d’euros pour le compte d’un ancien ouvrier de LVMH. Au-delà de son côté farce potache, cette instructive comédie sociale rend visibles la paupérisation forcée et son antidote par ses images de solidarité joviale. Grand merci à ce patron pour avoir provoqué à son corps défendant ce chefd’oeuvre d’humour et d’action directe qui a nourri le mouvement Nuit Debout à Paris. Merci patron!, François Ruffin, 2016, France, 1h23. Au cinéma depuis le 22 juin.

 

> Ouverture en mode locarnaise

Pour sa 69e édition, Locarno, le plus petit des grands festivals internationaux, poursuit sa vocation d’ouverture aux cinématographies du vaste monde avec sa section Open Doors qui, du 3 au 13 août, mettra en lumière huit pays d’Asie du sud. Des partenaires et producteurs internationaux rencontreront des cinéastes provenant de pays où le cinéma indépendant reste fragile, comme l’Afghanistan, le Bangladesh, le Bhoutan, les Maldives, la Birmanie, le Népal, le Pakistan et le Sri Lanka. Cette initiative, appuyée par la DDC (Coopération suisse) consiste également à former des producteurs de ces régions en les accompagnant avant et après le Festival. Une manière pour le festival de Locarno de soutenir la création indépendante et d’assurer en amont la relève du cinéma mondial. Et pouvoir par conséquent offrir chaque année au public des oeuvres singulières et novatrices tout en élargissant l’horizon cinématographique du public. www.pardolive.ch

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