Calibrer le cul des poules!

Le titre de ce billet résonnera peut-être chez nos lecteurs seniors. L’expression choisie est extraite d’une chanson de Ricet Barrier dont le titre colle bien à la réalité de notre canton: Y a plus d’sous! Clin d’oeil supplémentaire, le chanteur avait pris l’habitude de vivre plusieurs mois par an dans notre région.

 

Longtemps seul maître à bord, l’enseignant a enfilé désormais la tenue de membre d’une équipe pédagogique. Sur le papier, ça en jette! Ça met en valeur l’aspect technique et donne l’illusion de professionnaliser le métier. En fait, c’est une sorte d’emplâtre voué à contrer les effets pervers de l’emprise croissante des temps partiels au sein de la profession. Du coup, pour d’évidents besoins de cohérence, l’institution a progressivement créé des pools d’enseignants appelés à assumer collectivement ce que chacun gérait seul auparavant. Or, comme le disait déjà Philippe Perrenoud il y a plus de vingt ans: «Travailler ensemble, c’est un choix personnel. (…) Qu’y a-t-il de pire qu’un travail solitaire, dans l’enseignement? Sûrement une fiction de travail en équipe, une coopération «pour la galerie» où chacun s’efforcerait de tirer son épingle du jeu.» Parallèlement à cette évolution, on a créé le PER et les MER. Très bien, surtout par leur aspect quasi universel à travers la Romandie. Mais comme toute médaille a son revers, l’accent ainsi mis sur la didactique, sur chaque branche ou discipline a débouché sur une technicisation accrue. Les instituts de formation ont alors été chargés de répandre les bonnes pratiques. Le Service de l’enseignement obligatoire a commencé à diffuser des fils rouges et mis en avant des épreuves de référence permettant de mesurer la progression des acquisitions de compétences des élèves. Tout cela tend à laisser entendre que l’enseignement peut être réduit à l’application de recettes éprouvées, à en faire une profession technique au détriment de l’aspect humain. L’utilisation contrainte d’épreuves communes au sein des établissements achève sans doute de rigidifier les pratiques. Désormais, on n’harmonise plus seulement l’acquisition de compétences, année après année, mais on impose de facto le calendrier. Dans un contexte fédéraliste, il y a un paradoxe certain à voir progressivement installé un fonctionnement centralisé, des découpages prescrits au détriment de l’aspect social et prioritairement humain du métier. Au cycle 3 new-look, la souplesse promue à travers le remplacement des sections par des groupes à niveaux se paie précisément par une multiplication de contraintes organisationnelles qui risquent de priver l’école de son âme. Ce ne sera sans doute pas simple, mais il est impératif de rétablir au plus vite une dose de liberté et de créativité qui ont été mises à mal lors de la phase de lancement! «Aucune méthode n’offre la panacée, la plupart des approches pédagogiques et des méthodes d’enseignement-apprentissage offrent des avantages […] ainsi que des faiblesses, la plus grande de celles-ci étant qu’elles ne correspondent pas à la façon d’enseigner et d’apprendre de tous les enseignants et de tous les élèves. Il est donc absolument impératif qu’un ministère de l’éducation, quel qu’il soit, n’oblige personne à appliquer telle approche, telle méthode, tel processus, telle façon de faire au détriment de toute autre approche. » Au cours de cette année, conquérez, défendez votre liberté!

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