Attention, prolétarisation galopante!

 

Il ne se passe pas une assemblée générale ou une assemblée de délégués de nos associations dans laquelle ne soit pas exprimé un profond ras-le-bol contre la bureaucratie et la paperasserie envahissantes. Les textes et les discours politiques rêvent d’enseignants professionnels, mais l’organisation scolaire et l’administration semblent de plus en plus ne devoir les traiter qu’en simples exécutants.

On a vraiment le sentiment que la mode d’il y a quelques années, du contrôle de qualité tous azimuts dans l’industrie privée, déferle aujourd’hui sur le secteur public, et que l’enseignement n’en est pas épargné, au contraire. Et on multiplie directives, injonctions et formulaires, malgré la mise en place bienvenue d’entretiens périodiques.

La nécessaire confiance et l’indispensable marge de manoeuvre dont devraient bénéficier les vrais professionnels semblent se réduire dans tous les cantons, mais de manière impressionnante ici ou là. Au moment où le PER entre en application partout, il est tout de même paradoxal de constater que l’étau se resserre sur le processus et les procédures imposées aux enseignantes et enseignants. En effet, face à un plan d’études exigeant qui demande une attitude très professionnelle, on drille les enseignantes et les enseignants à agir en exécutants qu’on souhaite serviles et on prolétarise la fonction. Les praticiennes et praticiens doivent prendre leurs responsabilités face au mandat de haut niveau que constitue leur métier et leur Plan d’études. Les injonctions paradoxales qui les en empêchent doivent être contrées au mieux, ignorées au pire, au nom du professionnalisme.

A l’heure du PER, il n’est plus pensable de demander aux professionnels des plannings de leçons magistrocentrées, par exemple. Et c’est grande faiblesse que de ne pas résister. Hélas, la situation de pénurie d’enseignants grandissante, largement occultée pour l’instant, ne va pas arranger les choses. Il est plus facile de fonctionner à coup de marches à suivre avec des néophytes et des gens peu ou trop rapidement formés, qu’en développant leur responsabilité. La profession a du souci à se faire face à la prolétarisation galopante.

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