Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir?

Nous arrivons au terme d’une année scolaire bien remplie. L’heure est aux bulletins à remplir, aux activités à terminer et aux fêtes de fin d’année à organiser. Sur le plan syndical, certains signaux laissent songeur.

Une étude LCH-SER publiée début mai montre une légère diminution du nombre d’heures de travail annuel des enseignant·e·s. Tant mieux. Tant mieux! Par contre, elle révèle aussi une augmentation de la fatigue générée par la gestion de classes et d’élèves difficiles, qui touche de plus en plus d’enseignant·e·s.

Le 19 mai, la population suisse a accepté la réforme fiscale fédérale. Cela apportera des revenus pour l’AVS, mais aura des conséquences sur les finances cantonales. Que se passera-t-il à Neuchâtel? Après plusieurs années d’économies successives, parviendra-t-on enfin à réinvestir davantage dans l’école?

Quelques jours plus tard, la démission du chef de service du Service des formations postobligatoires et de l’orientation (SFPO) a pris tout le monde par surprise. Juste au moment où la réflexion autour du projet de regroupement des écoles professionnelles, avec la création du futur Centre de formation professionnel neuchâtelois (CPNE), doit démarrer. Il faudra trouver rapidement une personne compétente pour piloter cet important chantier.

Fin mai, l’enquête suisse sur les compétences fondamentales montrait que les élèves neuchâtelois sont un peu à la peine en français et en maths, en comparaison romande. Comment interpréter de tels chiffres? Certes, le plan d’études et les moyens d’enseignement sont les mêmes, mais d’autres facteurs entrent en ligne de compte, et la diversité des fonctionnements scolaires rend les comparaisons difficiles.

«C’est dans le calme et la confiance que sera votre force»

Cette citation biblique, reprise par Patrick Pollicino, a attiré mon attention dernièrement. Le chef du service des sports de la ville de Neuchâtel titrait ainsi son édito1, pour parler de la nouvelle vague du «vivre slow». En effet, dans bien des pays privilégiés, on observe depuis quelques années un mouvement qui appelle à ne pas se laisser emporter par le tourbillon effréné du progrès technologique et à retrouver une certaine qualité de vie en ralentissant certaines activités. On parle alors de slow-food, de slow-work ou encore de slow-shopping.

Slow-education?

Et si, face aux pressions imposées par le rythme trépidant de la vie scolaire, nous parvenions à retrouver un peu de sérénité? Si nous prenions un peu de distance face aux contraintes des réformes scolaires qui nous désécurisent, face aux coupes budgétaires qui nous fragilisent, face aux nouvelles qui induisent des inquiétudes pour l’avenir de notre école?

Quels que soient les soucis qui nous préoccupent, nous devons nous rappeler que l’éducation est un art qui s’exerce dans le calme, que la confiance réciproque entre tous les acteurs et toutes les actrices de cette tâche est une donnée fondamentale, et que la force que nous voulons donner à nos élèves ne se mesure que difficilement avec des graphiques et des statistiques.

Ce n’est qu’en nous libérant du sentiment d’urgence dû au stress que nous redécouvrirons le plaisir d’enseigner, et nos élèves la joie d’apprendre. Hâte-toi lentement, disaient nos grands-parents. Chi va piano va sano e va lontano…

Je vous souhaite de belles et reposantes vacances d’été! 

 

1ArcInfo, «Les sports/le mag’» de mai 2019, page 3.

 
L'accès aux documents est réservé aux abonnés.