Allumer le feu

Deux mille ans avant la fameuse expression de Montaigne («Je voudrais aussi qu’on fût soigneux de lui choisir un conducteur qui eût plutôt la tête bien faite que bien pleine»), le Grec Aristophane avait proféré cette sentence pleine de sagesse: «Enseigner ce n’est pas remplir un vase, c’est allumer un feu». Image simple et claire! Tout-e enseignant-e digne de ce nom ne peut qu’admettre qu’elle correspond en tout point à une vérité maintes fois avérée. Quand le feu a pris et que l’incendie fait rage, c’est qu’on a gagné.

Mais allumer un feu n’est pas chose facile quand le bois est mouillé et que les allumettes se brisent. Les situations scolaires ne sont pas forcément propices à générer l’étincelle de la motivation, et il est de nombreuses pratiques qui se révèlent être plutôt des extincteurs. Faire partir un feu, c’est tout mettre en place, créer les conditions, profiter des opportunités, en bref, faire preuve de pédagogie. Malheureusement, les pressions qui s’exercent sur l’école et les enseignants les incitent plutôt à remplir les têtes et à multiplier les balises et les contrôles pour s’assurer que le «vase ne fuit pas» 1 . «Là où les parents ne voient souvent que jeu et manifestation de vie, Piaget a perçu l’apprentissage, la résolution de problèmes et de nombreux neurobiologistes reconnaissent aujourd’hui dans ces activités la construction de nouveaux circuits neuroniques». Daniel Favre, que nous avons entendu lors de la journée SER de l’enseignement spécialisé en 2005, nous propose dix-huit clés pour favoriser l’apprentissage dans un livre qui vient de paraître: Cessons de démotiver les élèves. Spécialiste de la question, c’est lui qui nous montrait en 2007 que la violence scolaire relevait d’une motivation «faute de mieux» et qu’elle était réversible si l’école permettait à certains de renouer avec les satisfactions que tout être humain ressent quand il réussit des apprentissages. Il est possible d’allumer le feu, même dans les pires conditions, et chacune et chacun d’entre nous peut témoigner du bonheur ressenti lorsqu’il nous est donné de vivre cette réussite. Une raison d’espérer et d’avoir le goût du métier, tout en se rappelant que «ce n’est qu’en se sentant en partie responsable d’un phénomène, mais en partie seulement, qu’on peut le modifier»

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