«Tous pour l’économie» ou pour les économies?

Le président de la Confédération, Johann Schneider-Ammann, en tout bon ministre de l’Economie qu’il est, a lancé lors de son discours de Nouvel-An un vibrant appel à l’union nationale pour la défense des ressources économiques et de leur développement. Il a même proposé un slogan rassembleur: «Tous unis pour l’emploi et la Suisse», pour que l’économie suisse soit toujours parmi les plus performantes.

Les syndicats d’enseignants, comme l’ensemble de la population, ne peuvent qu’adhérer aux souhaits du président et à son constat: la Suisse va bien, et sa prospérité est due à une formidable réussite de son économie. Pourtant ils ont quelques vérités à lui rappeler. Tout d’abord, si la Suisse va si bien, c’est aussi et surtout à son système éducatif très performant qu’elle le doit. La formation est le premier et principal moteur d’une économie forte. Elle se doit de produire des individus forts, équilibrés, instruits, entreprenants et inventifs. Le monde évolue, les métiers se transforment, et bien des élèves qui habitent nos classes exerceront une profession qui n’existe pas encore, et vraisemblablement auront à traverser plusieurs fonctions et à suivre d’importantes formations complémentaires au cours de leur carrière. La scolarité obligatoire est donc la base en béton qui est le socle de la réussite de tous les futurs adultes dès les plus petits degrés de l’école. Elle doit leur apporter une formation et une culture générale larges qui leur permettent de faire face à toutes les situations auxquelles ils seront confrontés. En Suisse romande du moins, on est sur la bonne voie, avec un plan d’études ambitieux qui ne manque qu’à être correctement mis en œuvre. Mais une bonne formation générale jusqu’à la fin de la scolarité obligatoire suppose un effort conséquent de chacun des cantons. Et c’est toute l’économie qui, à terme, bénéficie de cet important investissement.

Hélas, la réflexion ne va souvent pas jusque-là, et en appeler à la défense de l’économie n’empêche pas d’opérer de sévères restrictions budgétaires dans le domaine de l’éducation. «Tous pour l’économie», mais en faisant des économies! Détail piquant: notre nouveau président n’est pas seulement ministre de l’Economie, il est également en charge de la Formation et de la Recherche.

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